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En France, lors de la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon rêvait d’un smic a 1 700 euros, soit une augmentation de 21,6%. Petit bras ! Obama fait mieux : il a proposé mardi soir au Congrès, lors de son discours sur l’Etat de l’Union, d’augmenter le salaire minimum américain de 25% : il passerait de 7,25 dollars par heure (moins de 5,4 euros) à 9 dollars d’ici à 2015 (environ 6,7 euros). Une ancienne idée, exhumée des cartons de sa campagne de 2008, et qu’il a ressorti par surprise.
Pour Obama, cette annonce est un acte politique important : à l’orée de son deuxième mandat, il s’ancre à gauche, et rend concrète sa promesse de donner la priorité aux questions sociales et à l’amélioration du sort des Américains modestes.
Si le leader du Front de Gauche, qui s’était fait traiter de démagogue pendant la campagne, peut aujourd’hui allumer un cierge à Saint Barack, le parallèle Mélenchon-Obama ne doit pas être poussé trop loin. Les niveaux dont on parle, les populations concernées sont bien moins importants, proportionnellement aux Etats-Unis qu’en France.
Mais l’annonce par Obama n’en est pas moins audacieuse, d’autant qu’il l’a assortie de l’idée d’indexer le salaire minimum sur l’inflation. Obama constate que le revenu moyen baisse aux Etats-Unis et que les inégalités s’accroissent, et s’est engagé à s’attaquer à la question.
Jusque-là, son administration avait tenté de corriger cette tendance funeste par des mesures fiscales (crédits d’impôts...) et sociales (réforme de l’assurance maladie..), mais cela ne suffit pas, comme il l’a lui même constaté :
’’Même avec les allègements d’impôts qu’on a mis en place, une famille avec deux enfants qui gagne le salaire minimum continue de vivre sous le seuil de pauvreté. Cela n’est pas normal. »
Les raisons de l’affaissement des revenus des américains sont nombreuses (David Leonhardt, du New York Times, en a compté 14) et le faible niveau du salaire minimum n’explique pas tout. Certes, en 1968, il était en dollars constants de 45% supérieur à celui d’aujourd’hui, mais depuis les années 90, il a recommencé à grimper.
Selon la Maison blanche, la mesure profiterait à 15 millions de travailleurs, sans trop affecter les entreprises. Elle donne pour exemple des entreprises comme la chaine de grande distribution Costco, ou la chaîne de chaussures pour enfants Stride Rite, qui ont réussi, en proposant de meilleurs salaires, à freiner le turnover des salariés et à augmenter leur productivité. Comme dit un adage (très business) américain : « If you pay peanuts, you get monkeys ».
Sur la question, les économistes américains sont divisés. Les néo-classiques arguent que le salaire ne doit pas dépasser la productivité marginale des travailleurs (autrement dit : un travailleur plus cher, c’est un travailleur qu’on hésite plus à embaucher...). David Neumark de l’Université de Californie à Irvine, considère même que la hausse du salaire minimum, par les effets sur le chômage qu’elle entraîne, aggrave la pauvreté, au lieu de la réduire.
Un économiste keynésien considèrera au contraire que la hausse du salaire minimum aurait un effet de relance, car il accroitrait le pouvoir d’achat des plus modestes (des gens qui consomment l’entièreté de leur salaire). La croissance serait plus soutenue, et l’emploi repartirait. Ce économiste admettra généralement que certains travailleurs, c’est vrai, perdraient leur emploi au passage. Mais, l’un dans l’autre, l’effet macroéconomique serait positif.
L’économiste Alan Krueger avait, avec un de ses collègues, montré dans les années 90 que dans certaines circonstances, lorsque le rapport de force entre les employeurs et les employés est déséquilibré, l’augmentation du salaire minimum n’avait pas d’impact négatif sur l’emploi non-qualifié. Il avait étudié la hausse du salaire minimum dans le New Jersey : celle-ci n’avait pas nui à l’emploi dans les fast-foods, au contraire, l’emploi y avait crû.
Alan Krueger est aujourd’hui le chef de l’équipe des conseillers économiques de Barack Obama.