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NOUVELLES DE BIRMANIE MOIS DE MARS
Après la mascarade électorale de novembre 2010, le régime militaire poursuit sa soi-disant transition vers l’établissement d’un « gouvernement civil ».
Ainsi, le 30mars 2011, le généralissime Than Shwe, homme fort du régime militaire birman,a officiellement dissous le Conseil d’Etat pour la Paix et le Développement (SPDC),l’organe à travers lequel les dictateurs birmans ont gouverné le pays depuis 1997.
Than Shwe a officiellement démissionné de son poste de commandant en chef des armées, laissant la place à Min Aung Hlain, l’un de ses proches. Thein Sein, lePremier ministre sortant, a quant à lui prêté serment au Parlement, devenant lenouveau président de Birmanie.
Considérées par nombre d’observateurs comme un premier pas vers la démocratie,l’établissement de ce « nouveau gouvernement » repose cependant sur une constitution complètement anti-démocratique.
Rappelons que cette dernière garantie aux militaires 25% des sièges du parlement dit « civil », empêchant toute réforme constitutionnelle,pour laquelle plus de 75% des voix sont nécessaires.
Cette même constitution assure d’ailleurs aux membres de l’armée une immunité totale face aux crimes qu’ils ont commis ou commettront à l’avenir. Cette constitution negarantit pas le respect des droits de l’homme et n’offre aucune reconnaissance politique, culturelle ou linguistique aux minorités ethniques qui constituent un tiers de la population du pays. Enfin, les militaires ont créé un conseil extraconstitutionnel appelé « Conseil Suprême d’Etat ». Celui-ci est composé en majeure partie de militaires et a une autorité supérieure à toute autre institution
nationale.
Dans ce contexte, comment ne pas prendre avec ironie les promesses du Président Thein Sein qui, dans son discours inaugural, appelle à la mise en place d’un« gouvernement transparent et responsable » et à l’établissement d’un « Etat de droit » ? Alors que la survie du pouvoir en place repose sur un capitalisme de connivence, comment prendre au sérieux ses appels à « la lutte contre la corruption » ?
Peu soucieux du respect des droits de l’homme et impatients de pouvoir mettre enplace de juteux investissements dans le pays, plusieurs pays asiatiques - notammentl’Inde et la Chine- mais aussi les Nations unies, se sont empressés de féliciter le« nouveau gouvernement civil » de Birmanie.
Plus prudente, la France considère quant à elle que « la junte n'a pas été dissoute » et qu’elle a simplement « changé de nature ». Le Quai d’Orsay déplore la situation des droits de l’homme en Birmanie, attendant toujours la libération des prisonniers politiques aujourd’hui encore incarcérés dans le pays.
En effet, malgré l’établissement d’un « nouveau gouvernement », la Birmanie reste bel et bien sous le joug d’une dictature militaire. Les libertés continuent d’être bafouées,les violations des droits de l’homme sont toujours perpétrées en toute impunité, et aucune réforme visant à la démocratisation du pays ou au respect des droits de
l’homme n’a été mise en place. La communauté internationale ne doit donc pas se laisser leurrer par cette technique de marketing employée à plusieurs reprises par lesdictatures militaires qui se sont succédées dans le pays depuis 1962. Aujourd’hui plus que jamais, le mouvement pour la démocratie en Birmanie a besoin du soutien
de tous.
Bonne lecture,
L’équipe d’Info Birmanie
Edito
Les Nouvelles de Birmanie
M A R S 2 0 1 1
Info Birmanie
74, rue Notre Dame des Champs
75006 Paris
Tél : 01 46 33 41 62
Email: infobirmanie@gmail.com
AUJOURD'HUI :
Le téléphone par internet interdit par la junte. Afin d’accroître son contrôle sur les flux d’informations, la junte vient d’interdire les appels via Internet (les programmes telsque Skype ou Google talk), les jugeant dorénavant illégaux selon la loi en vigueur. Du fait du nombre important de birmans exilés et des prix élevés des téléphones portables, beaucoup de birmans utilisent ce moyen de communication....
Cette nouvelle loi restrictive a été promulguée alors que la Birmanie apparaît une nouvelle fois sur la liste peu glorieuse dressée par Reporters sans frontières « des ennemis d’Internet », notamment en raison de la mise en place d’un filtrage sévère,d’une traque active contre les cyberdissidents et d’une large diffusion de la propagande en ligne.
Le site internet de l’Irrawaddy piraté
La « cyber-guerre » fait toujours rage entre les médias birmans indépendants et la junte. Le site Internet d’un des principauxmédias en exil birman, The Irrawaddy, a été piraté durant tout un week-end. La junte aurait publié de faux articles dans le butde décrédibiliser ces sites d’information. La junte s’est lancé depuis plusieurs années dans une « cyber » offensive contre lesmédias indépendants. Ces médias ont en effet une influence grandissante aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, nuisant à la volonté de la junte de contrôler la diffusion de l’information sur la situation en Birmanie.
Durant tout le mois de mars, des milliers de travailleurs ont fait grève à Rangoon demandant une hausse de leurs salaires et de meilleures conditions travail. Près de 3000 travailleurs d’une usine de cuir détenue par une entreprise chinoise ont entamé une grève. Le 10 mars, les propriétaires de l’usine ont accepté d’augmenter les salaires horaires de 15 kyats (0,01 $ US) mais les travailleurs ont rejeté cette offre et ont poursuivi la grève. Dans une usine de confection de chaussures, près de 500 travailleurs se sont mis en grève après que la direction ait rejeté leurs demandes d’augmentation.
Organisé par le régime militaire, le Gems Emporium -le salon annuel des pierres précieuses - s’est tenu à Naypyidaw du 10 au 22 mars. Les bénéfices ont atteint les 2.8 milliards de dollars, soit le plus important chiffre d’affaire réalisé par le salon en près de 50 ans. 4000 marchands internationaux ont participé à ce salon durant lequel plus de 200 lots de pierres précieuses,16 000 lots de jade, et 255 lots de perles ont été mis en vente.
Le 30 mars, jour de l’annonce officielle du transfert du pouvoir du régime militaire à un « gouvernement civil », M. BanKi-moon, Secrétaire général des Nations unies rappelait dans un communiqué de presse que « les autorités du Myanmar ont maintenant l'obligation de démontrer que leur annonce de transfert du pouvoir du SPDC à un nouveau gouvernement est plus qu’un changement de nom et qu'il marque le début d'une tendance réelle à s'éloigner de près de cinquante ans de commandement militaire direct ». Il a également souligné que pour poser les bases d’une paix et d’un développement durable dans le pays, il était indispensable que les autorités apportent « une réponse aux aspirations du peuple à la réconciliation, à la démocratisation et au respect des droits de l'homme ».
Sans un processus d’établissement des faits, il ne peut y avoir de réconciliation nationale en Birmanie. Ne pas soutenir une telle initiative compromettrait gravement la crédibilité de l’Union européenne et de ses membres. »
Aung San Suu Kyi appelle une nouvelle fois au maintien des sanctions. Alors que l'Union européenne se prépare à décider de l’avenir des sanctions à l’égard du régime birman, Aung San Suu Kyi a réitéré son appel au maintien des sanctions dans une interview avec le quotidien allemand Frankfurter Rundschau. Le prix Nobel de la paix a insisté sur le fait que « les sanctions doivent rester en place. Les sanctions ne doivent être levées que lorsque quelque chose aura changé ici ». 23 Le 15 mars, une trentaine de diplomates européens se sont entretenus avec Aung San Suu Kyi et la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) mais aussi avec la National Democratic Force (NDF) et d’autres partis politiques issus des minorités ethniques sur la question des sanctions occidentales.
Nous vous proposons ce mois-ci un dossier spécial tourisme en Birmanie, en lien avec la nouvelle campagne lancée par Info-Birmanie le 17 mars 2011, à l’occasion de l’ouverture du Mondial du Tourisme, qui s’est tenu à Paris jusqu’au 20 mars.
Se basant sur notre nouveau rapport « Le tourisme en Birmanie », cette campagne a pour but de sensibiliser le grand public mais aussi les voyagistes français sur les enjeux du développement touristique en Birmanie.
La question du tourisme en Birmanie est en effet un sujet polémique. L’impossibilité pour Aung San Suu Kyi, assignée à résidence pendant 15 des 21 dernières années, d’exprimer régulièrement sa position sur le sujet a eu pour conséquence d’intensifier le débat et surtout de voir sa parole déformée, et ce bien souvent par opportunisme commercial.
Certains voyagistes se sont récemment saisis de l’opportunité offerte par la mascarade électorale ,de novembre 2010 pour affirmer qu’il n’y avait plus de régime militaire en Birmanie, la libération d’Aung San Suu Kyi constituant par ailleurs « une raison supplémentaire […] de choisir cette destination au tournant de son histoire. » Le rapport d’Info Birmanie donne entre autre chose un aperçu de la désinformation à laquelle se livrent certaines agences de voyage.
De plus, les autorités birmanes ont lancé en 2011 une campagne de promotion du tourisme en Asie du sud-est, avec leurs homologues du Cambodge, du Vietnam et du Laos, appelé « Quatre pays, une destination. ». Un documentaire est d’ailleurs en cours de tournage pour vanter les merveilles de ces pays exotiques... sans bien sûr évoquer les exactions commises par les dirigeants de certains de ces pays au nom du développement du secteur touristique dont ils profitent, au détriment de leur propre peuple.
Dans ce rapport, Info Birmanie présente les relations existant entre le développement du secteur touristique et les violations des droits de l’homme qui continuent aujourd’hui à être un fardeau pour la population de Birmanie.
L’objectif de cette campagne et du rapport sur lequel elle s’appuie n’est pas de décourager ceux qui souhaitent découvrir la Birmanie mais plutôt de leur donner quelques éléments de réflexion quant à leur motivations et à l’impact potentiel de leur voyage.
Aller en Birmanie de façon indépendante et responsable ? Oui mais comment ? Dans quelles régions ?
Afin d’aider ceux qui décident d’aller en Birmanie à mieux se repérer, le rapport d’Info Birmanie établie une liste des compagnies aériennes et des infrastructures hôtelières à éviter, du fait de leurs liens étroits avec le régime militaire et ses proches, ainsi que des cartes des zones ouvertes accompagnées d’un descriptif.
Ce rapport conclue que le tourisme en Birmanie ne semble pas contribuer à l’ouverture du pays mais que d’éviter les structures gouvernementales et sortir des sentiers battus permettra peut-être aux personnes qui décident de s’y rendre d’aborder le pays différemment.
Dessins des enfants desclasses de CP-CE1 :
travail sur la comparaison de la vie des enfants en France et en Birmanie
Les 8 et 15 avril à 19h30 : Projection du documentaire sur le tourisme « La Birmanie-Tout Compris » suivi d’un débat avec l’équipe d’Info Birmanie à Paris (75)
27 Mars : Rencontre autour du livre « la peur est une habitude », à IVRY sur Seine; Rencontre avec les animateurs du projet « Birmanie la peur est une habitude »,à l’origine du livre homonyme, à la librairie Envie de Lire, à Ivry sur Seine. (Horaire à préciser sur le site d’Info Birmanie)
Maison des Association
du 6ème arrondissement
60 rue Saint André des Arts
75006 Paris
Métro : Odéon ou Mabillon
Alors que le régime militaire vient d’annoncer sa dissolution pour laisser place à un « gouvernement civil »,
ce film nous rappelle que tout out ce qui brille n’est pas d’or. Le secteur du tourisme en Birmanie est en plein essor,
au grand bonheur des militaires qui dirigent le pays d’unemain de fer. Au cours d’un voyage fictif « tout compris » enBirmanie, ce film tente d’offrir un autre regard sur ce pays,en dépassant sa façade exotique.
Libraire Envie de Lire
16 rue Gabriel Péri
94200 Ivry sur Seine
8 avril à 20h40 : Soirée spéciale Birmanie sur la chaîne
Planète
La chaîne diffusera le documentaire Happy World - Birmanie : la dictature
de l’absurde . Tristan Mendès France et Gaël Bordier sont partis tourner
clandestinement en Birmanie. Ils en ramènent un film exclusif qui raconte la
vie quotidienne des Birmans et les travers absurdes de la junte, le tout dans
un documentaire satirique.
Puis, à 21h40, diffusion de Burma VJ, un documentaire s’appuyant sur des
vidéos tournées secrètement par des journalistes locaux malgré les menaces
de répression. Burma VJ relate la révolution safran qui a éclaté en Birmanie en
2007. Un film qui témoigne du courage de ces reporters clandestins, et de
l’importance incontestable des médias indépendants dans la lutte contre le
pouvoir totalitaire birman.
23 avril : Projection débat du documentaire « Burma VJ » à Ivry sur Seine (94)
Projection du documentaire Burma VJ , suivi d’un débat avec l’équipe d’Info
Birmanie. Organisé par la librairie Envie de Lire. (Horaire et lieu à confirmer
sur le site d’Info Birmanie).
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