Le changement, s'il a lieu, ce sera doucement. Après deux mandats passés à la tête de l'Iran, Mahmoud Ahmadinejad devra céder sa place au terme de la présidentielle dont le premier tour se tient vendredi. Mais les réformateurs ont abandonné leur rêve de renverser le régime.
La précédente élection, en 2009, avait pourtant soulevé un immense espoir au sein du camp réformateur, suffisant pour qu'il descende en masse dans la rue, dénonçant les trucages qui avaient éliminé leurs champions. Mais ce "printemps iranien" avait été réprimé dans le sang. Pour s'assurer cette fois un scrutin calme, le régime a bien verrouillé les choses. Les candidats réformateurs de 2009 restent muselés et l'ancien président Rafsandjani, qui cette année portait les espoirs des modérés, a été empêché de se présenter. Ne restent que six candidats compatibles avec le régime du Guide suprême.
La politique des petits pas
Sans espoir de réel changement, les réformateurs s'étaient résignés à boycotter les urnes. Jusqu'au sursaut qui, dans la dernière ligne droite de la campagne, les a poussés à se réengager, derrière Hassan Rohani. Ce religieux modéré a en effet reçu le soutien de poids de Rafsandjani et d'un autre ancien président, réformateur, Mohammad Khatami. Depuis quelques jours, les réseaux sociaux se mobilisent donc pour appeler à un vote massif en sa faveur.
"Il n'y a actuellement pas de rapport de force suffisant dans le pays pour renverser le régime, analyse Bernard Hourcade, chercheur au CNRS. Rohani apparaissant comme modéré et pragmatique, le camp des modérés s'est rabattu sur lui, le moins mauvais à leurs yeux pour tenter d'obtenir au moins une respiration. Ils ont choisi la politique des petits pas."
En face, le camp des ultraconservateurs s'avance en ordre dispersé. L'ancien chef de la diplomatie Ali Velayati, le maire de Téhéran Mohammad Ghalibaf et le chef des négociations nucléaires Saïd Jalili ont tous maintenu leur candidature, malgré la multiplication des appels à se rassembler pour ne pas se faire battre. Résultat : d'après les sondages, il y aura un second tour.
Thomas Vampouille

