"Récession", est-ce donc un gros mot ? Il a en tout cas le don de susciter des réactions tranchées, épidermiques voire embarassées. Prié de dire si la France était menacée d'une nouvelle récession, François Baroin, le ministre de l'Economie a répondu: "Elle ne l'est pas parce que nous avons un plan qui s'appuie sur deux piliers: un pilier de mesures d'économies (...) et un pilier croissance". Les Bourses européennes, en tout cas, se font peur : si elles sont relativement stables ce mardi dans une atmosphère marquée par l'attentisme, lundi, elles avaient chuté, plombées à la fois par des craintes de récession aux Etats-Unis et par la crise de la dette en Europe. Wall Street, pour sa part, était fermée pour cause de jour férié. Courant août déjà, les Bourses mondiales avaient dévissé minées par ces mêmes inquiétudes.
Le rapport mensuel sur l'emploi aux Etats-Unis, publié vendredi, est ressorti au-delà des prévisions les plus pessimistes : les destructions d'emplois ont exactement compensé les créations de postes du mois, alors que les analystes tablaient sur un solde des embauches positif, de 70.000. Du coup, le taux de chômage est resté inchangé à 9,1%, ce qui fait craindre aux investisseurs une rechute de la première économie mondiale en récession. Les dirigeants européens sont de leur côté aux prises avec la crise de la dette de la zone euro. Et les investisseurs redoutent un échec du plan de soutien à la Grèce, après l'annonce par Athènes d'un nouveau dérapage de son déficit budgétaire. La "troïka" réunissant FMI, Banque centrale européenne et Commission européenne a suspendu la semaine dernière sa mission d'inspection des finances publiques grecques dans l'attente de nouvelles mesures à Athènes.
En France, on "protège" la consommation
Alors, récession or not récession ? Vue de l'autre côté de la planète, depuis l'Asie, les situations européenne et américaine ne font aucun doute : "il y a déjà un arrêt de l'activité aux Etats-Unis et en Europe", estime ainsi le ministre des Finances de Singapour, en évoquant "un ralentissement mondial", et en concluant qu'à l'échelle de la planète, "la probabilité d'une récession est désormais plus grande que le contraire". A ses yeux, l'économie mondiale est d'ores et déjà "entrée dans une phase auto-alimentée" d'une érosion de la confiance des consommateurs, qui conduit de grandes entreprises à reporter leurs décisions d'investissement. De leur côté, des régulateurs financiers japonais, sud-coréens et chinois discutent déjà de l'impact sur l'Asie des difficultés budgétaires de la zone euro et des risques pesant sur l'économie américaine. Mais que l'interlocuteur se rapproche des zones concernées, et le diagnostic change.
Une récession aux Etats-Unis ? Robert Zoellick n'y croit pas. Si le président la Banque mondiale a admis que l'économie mondiale entrait dans une "nouvelle zone de danger", il se veut prudemment optimiste dans le cas des Etats-Unis : "je crois que dans le cas de l'économie américaine, nous allons probablement continuer à voir une croissance lente, avec un fort taux de chômage". Une récession en Europe ? Pas du tout, soutient José Manuel Barroso, en défendant la volonté politique commune de surmonter la crise de la dette. Avec cette conclusion digne de la méthode Koué : "Je crois que nous la résoudrons", plaide le président de la Commission européenne depuis l'Australie, où il se trouve pour des discussions avec le gouvernement avant un sommet des îles du Pacifique. "Beaucoup de choses ont été faites et nous sommes en train de mettre au point une architecture très complexe. Je peux vous dire très honnêtement que je crois qu'il y a une forte détermination des dirigeants de la zone euro et des Etats membres à soutenir la stabilité financière de la zone euro et de l'euro".
Et la France dans tout ça ? François Baroin l'affirme, la main sur le coeur : la France n'est, pas davantage, menacée par une récession, et elle a confiance dans les engagements de la Grèce en matière de réduction des déficits. Certes, le gouvernement a revu à la baisse fin août sa prévision de croissance pour 2011 et 2012 à 1,75% du PIB, alors que l'activité économique en France a stagné au deuxième trimestre. Le gouvernement a aussi dévoilé un plan de mesures d'austérité pour tenir les objectifs de réduction des déficits publics d'un montant de 12 milliards d'euros sur deux ans. Mais pour le ministre de l'Economie, tout a été prévu : "Le moteur de l'économie française, c'est la consommation (...) ; nous protégeons ce pilier. Il ne faut pas toucher au pouvoir d'achat".
Par Franck LEFEBVRE-BILLIEZ le 06 septembre 2011 à 11:57
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