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LEMONDE.FR avec AFP | 06.09.11 | 14h27 • Mis à jour le 06.09.11 | 15h43

D'une longueur de 1 224 km, il doit à terme permettre de transporter 55 milliards de mètres cubes de gaz par an.AFP/ALEXEI NIKOLSKY
Le premier ministre russe Vladimir Poutine a inauguré mardi 6 septembre le gazoduc Nord-Stream, un projet stratégique dont le tracé, d'une longueur de 1 224 km, doit à terme permettre de transporter 55 milliards de mètres cubes de gaz par an de Vyborg jusqu'à la ville allemande de Greifswald en traversant les eaux territoriales de la Russie, de la Finlande, de la Suède, du Danemark et de l'Allemagne.
Vladimir Poutine a lancé le processus de mise en service depuis la station de compression de Portovaïa, sur les bords de la mer Baltique. L'homme fort de la Russie était accompagné de l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder, qui préside le consortium Nord Stream. Du gaz technique a été injecté dans la conduite pour la mettre en pression, une étape clé avant l'ouverture prévue en octobre des vannes du gaz naturel destiné aux consommateurs.
>> voir une infographie de Ria Novosti sur le tracé de Nord-Stream
"Le volume de gaz fourni (sera) comparable à l'énergie produite par onze centrales nucléaires", a expliqué Vladimir Poutine à Gerard Schröder. La première conduite, d'une capacité de 27,5 milliards de mètres cubes, a été achevée en mai. Une deuxième est en cours de construction et doit être entièrement posée d'ici à la fin 2012, doublant la capacité de la liaison. Le vice-premier ministre russe, Igor Setchine, a indiqué que le montant du projet s'élevait à "8,8 milliards d'euros" en tenant compte des coûts de financement.
TENSIONS ENTRE MOSCOU ET KIEV
Le gazoduc doit permettre de contourner les pays voisins de la Russie par lesquels transite l'essentiel du gaz russe destiné à l'Europe, un enjeu de taille pour Moscou, qui est de nouveau aux prises avec Kiev sur les tarifs du gaz. Un quart des importations européennes de gaz proviennent de Russie, et 80 % de ces dernières transitent par l'Ukraine. Cette dernière avait "la tentation d'abuser de sa situation de transit", a déclaré Vladimir Poutine mardi, "désormais, cet avantage disparaît".
La tension entre Moscou et Kiev n'a cessé de monter ces dernières semaines, l'Ukraine tentant de renégocier à la baisse le prix du gaz acheté à la Russie. Le Kremlin pose pour condition que Kiev accepte enfin d'entrer dans l'Union douanière formée avec la Biélorussie et le Kazakhstan – un choix qui remettrait en cause son orientation européenne et à l'égard de l'OTAN – et cède ses propres réseaux à Gazprom. une option que l'Ukraine refuse catégoriquement.
Dans les pages du quotidien économique russe Kommersant, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch déclarait mardi que Kiev s'apprêtait à contester devant la justice internationale ses contrats gaziers signés avec la Russie en 2009. Selon lui, l'Ukraine paye plus que l'Allemagne et verse chaque année entre "cinq et six milliards de dollars" de plus que ce qu'elle devrait payer normalement. "Le prix du gaz pour l'Ukraine est inférieur à celui de la Pologne, la Hongrie, la Turquie et la Roumanie", a rétorqué depuis Vyborg le patron du géant russe Gazprom, Alexeï Miller, mettant en garde la direction ukrainienne contre une politique qui pourrait l'entraîner "dans une impasse".
En marge de l'inauguration de Nord-Stream, le patron de Gazprom, Alexeï Miller, a annoncé mardi qu'un accord sur le gazoduc South-Stream, destiné à livrer du gaz russe à l'Union européenne via la mer Noire et la partie sud du continent, sera signé le 16 septembre et prévoit que le français EDF et l'allemand Wintershall contrôleront 15 % chacun. Gazprom doit recevoir 50 % des parts et l'Italien ENI 20 %. Long de 3 600 km, South-Stream doit alimenter en gaz russe l'Europe occidentale, notamment la Grèce et l'Italie, via les Balkans. Tout comme Nord-Stream, il doit permettre à la Russie de contourner l'Ukraine, principal pays de transit. Ce projet, qui doit être mis en service fin 2015, est aussi censé tailler des croupières au projet Nabucco, un gazoduc qui doit livrer le gaz du Caucase à l'Europe occidentale en passant par la Turquie et les Balkans à partir de 2014/2015, et donc en évitant la Russie.
Les deux principaux actionnaires de South-Stream, Gazprom et l'italien ENI, avaient signé en juin 2010 un protocole d'accord sur l'entrée d'EDF dans le projet pour une part de "pas moins de 10 %". Wintershall, filiale de l'allemand BASF, avait pour sa part signé un protocole d'accord en mars 2011, prévoyant que le groupe investirait environ deux milliards de dollars pour une participation de 15 %.
>> voir une infographie de Ria Novosti sur le tracé de South-Stream