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Réforme de l'école : enseignante, je pense qu'il faut repenser les programmes

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Réforme de l'école : enseignante, je pense qu'il faut
repenser les programmes
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<time class="date-post" datetime="2013-03-17T18:07:47" itemprop="dateModified">Modifié le 17-03-2013 à 18h07    </time>
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Avatar de Caroline DL

Par 
Professeur des écoles

LE PLUS. C'est le gros dossier de Vincent Peillon qui anime les débats de l'Assemblée nationale en ce moment : la refondation de l'école. Au programme : suspension des redoublements, langue vivante au CP et plus de devoir à la maison. Pour Caroline, il faut avant tout s'attaquer au primaire, parce que c'est le terreau de l'éducation.

Édité par Henri Rouillier  Auteur parrainé par Laurent Joffrin

Le ministre de l'Éducation Vincent Peillon en visite dans une école primaire à Gonesse, le 25 février 2013(, un jour après avoir dit qu'il pensait réduire les vacances d'été à six semaines (REVELLI-BEAUMONT/SIPA).

Le ministre de l'Éducation Vincent Peillon en visite dans une école primaire à Gonesse, le 25 février 2013 (REVELLI-BEAUMONT/SIPA).

 

Nombreux sont ceux qui pensent que les fondamentaux "lire-écrire-compter" manquent d’ambitions et sont ringards. Il s’agit pourtant des prérequis indispensables pour pouvoir accéder aux autres savoirs. Aujourd’hui, à la fin du CM2, de trop nombreux enfants ne maîtrisent pas ces fondamentaux en particulier parmi ceux issus des milieux les plus défavorisés. Ils déchiffrent un texte mais n’en comprennent pas toujours le sens. Quelques années plus tard, au moment des évaluations Pisa apparaît la difficulté pour ces mêmes élèves à prélever, organiser et exploiter l’information, à rédiger des réponses longues.

 

Se concentrer plutôt que se disperser

 

Alors il est temps de dépasser les postures idéologiques, de tenir compte des réalités et d’élaborer pour l’école primaire des programmes réalistes, simples et pragmatiques. La scolarisation obligatoire jusqu’à 16 ans, laisse largement le temps aux enfants d’aborder les autres disciplines (comme l’apprentissage d’une langue étrangère ou l’histoire des arts …).

 

Lorsque l’élève quitte l’école primaire pour poursuivre ses études dans le secondaire, il lui reste encore cinq ans minimum pour étoffer ses connaissances. À vouloir tout faire dès le plus jeune âge et en un temps de plus en plus réduit on n’approfondit rien, on ne maîtrise rien, on survole tout. L’empilement des matières ne permet pas aux enfants d’étoffer le champ de leurs connaissances, c’est une illusion. On a transformé l’école en mini collège où il s’agit d’aborder dès le plus jeune âge toutes les disciplines. Les députés se sont même prononcés pour l'apprentissage d'une langue vivante dès le CP. Pourquoi cette précipitation ? Cette course au toujours plus ? Ce mille-feuille indigeste ?

 

L'impératif ? Maîtriser le français

 

La notion de fondamentaux ou de "socle" n’est pas une idée de gauche ou de droite (la droite en a beaucoup parlé, elle ne l’a jamais fait), c’est un véritable objectif républicain. Pour refonder l’école il faut construire des fondations solides et c’est bien à l’école primaire que cela doit être fait. Je souhaite que tous les enfants de France soient armés pour poursuivre leurs études et que tous, demain, sortent du système éducatif munis d’un diplôme qualifiant. Les incantations et les bonnes intentions ne suffiront pas.

 

Pour structurer sa pensée et manipuler des concepts, pour avoir une égalité d’accès aux savoirs, il faut déjà maîtriser la langue et en connaître les règles de fonctionnement. Décider que tous les enfants doivent maîtriser les fondamentaux au sortir de l’école primaire, ce n’est pas "réac", c’est citoyen et responsable. Pour y parvenir il faut évidemment réfléchir à la manière de les enseigner. Quoiqu’il en soit, la maîtrise ou non de la langue est un véritable marqueur social qui exclut une part importante de la jeunesse et fracture la société aujourd’hui.

 

Il est donc urgent de réviser les programmes de l’école primaire pour redonner aux enfants le temps d’apprendre.

 

Apprendre, c'est un travail de chaque seconde

 

Les députés souhaitent que le redoublement devienne une exception. Bonne idée, celui ci est souvent inutile et stigmatisant. Cependant il ne faudrait pas oublier de mettre en place les conditions pour aider les enfants en grandes difficultés, éviter le décrochage et restaurer la confiance en soi. Ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on fait disparaître la fièvre.

 

Dans mon école (située en zone urbaine sensible), à la rentrée prochaine, nous aurons la chance de bénéficier d’un enseignant surnuméraire. Si ce dernier parvient à répartir équitablement son temps pour intervenir dans chaque niveau, sachant que nous sommes un groupe scolaire de 14 classes, il interviendra environ 1h40 par classe chaque semaine (soit 20 minutes par jour). Est-ce suffisant pour lutter efficacement contre les inégalités et l’échec scolaire ? Personnellement j’en doute. Il faut donc aussi parallèlement rétablir et renforcer le rôle des Réseaux d’aide aux élèves en difficulté (RASED) au sein de chaque école et diminuer significativement le nombre d’élèves par classe pour permettre une véritable différenciation pédagogique.

 

Les députés viennent aussi de confirmer l’interdiction des devoirs à la maison (ce qui est déjà le cas normalement depuis 1956). Mais soyons clair, si les devoirs écrits sont interdits, ils doivent être réalisés et corrigés en classe. Il faudra bien que les enfants continuent d’apprendre quelques leçons chez eux. Car c’est bien l’enfant, et lui seul, qui peut mémoriser ses tables de multiplication. Faut-il interdire la lecture du soir ? L’apprentissage d’une poésie ? … Et laisser le cartable à l’école ? Je ne le crois pas. Les leçons permettent à l’enfant de revoir et de mémoriser (à son rythme) ce qui a été fait en classe et d’impliquer les parents dans la scolarité de leurs enfants.

 

Dans les classements Pisa, les résultats des élèves français ne cessent de baisser. Il est urgent, au delà des aménagements techniques (comme la réforme des rythmes scolaires) de s’attaquer à la reforme des programmes et des méthodes avant de dégringoler à la dernière place.

 

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