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Assistants sexuels pour handicapés: de quel droit le comité d'éthique s'en mêle-t-il ?

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Assistants sexuels pour handicapés:
de quel droit le comité d'éthique s'en mêle-t-il ?
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<time class="date-post" datetime="2013-03-15T17:12:00" itemprop="dateModified">Modifié le 15-03-2013 à 17h12       </time>
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LE PLUS. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) vient de rendre public son avis sur la question des assistants sexuels à destination des personnes handicapées : c'est non. L'instance s'appuie essentiellement sur des motivations d'ordre moral. Pour Marianne Chargois, ex-assistante sexuelle, performeuse, contorsionniste et travailleuse du sexe, cette décision est scandaleuse.

Édité par Hélène Decommer  Auteur parrainé par Celine Rastello

Handicap, fauteuil roulant, à Nantes le 28/04/2010 (JS EVRARD/SIPA)

Le Comité consultatif national d’éthique a rendu un avis défavorable sur l'assistance sexuelle aux handicapés (JS EVRARD/SIPA)

 

Mais de quelle éthique parle-t-on ? Quelle est donc cette parodie d’avis qui a été rendu ?

 

La lecture de celui-ci dans son intégralité et la niaiserie des arguments avancés prêteraient à sourire si le sujet n’était pas aussi grave, si des personnes n’étaient pas concernées dans leur corps, si le point aveugle contre lequel se heurtent les libertés en matière de sexualité ne donnait pas tant envie de pleurer.

 

Chaque élément de réflexion avancé par ce comité – qui n’a d’éthique que le nom – est affligeant de morale bien-pensante. Il ne s’agit que d’un concentré de représentations en matière de sexualité des personnes composant le groupe. Par ailleurs, un coup d’œil à la liste des personnes auditionnées en dit long sur le simulacre d’"impartialité" du groupe du travail : deux porte-parole du Mouvement du Nid, aucun(e) représentant(e) du Strass (syndicat du travail sexuel), aucune personne pratiquant l’assistance sexuelle ni travailleur(euse) du sexe.

 

Autant dire que l’affaire était pliée d’avance, le débat était biaisé, il n’a même jamais eu lieu. Tel un chercheur qui sait au préalable ce qu’il veut trouver, le comité a regardé là où ça l’arrangeait, là où il serait conforté dans ce qu’il avait déjà décidé : l’assistance sexuel n’aura pas lieu.

 

Paternalisme et argumentation hypocrite

 

Il n’a pas non plus eu peur de se compromettre avec des propos de paroisse pour légitimer son affligeante conclusion, tout y passe : la sexualité sacralisée et indissociable de l’amour, diabolisation de la pornographie, personnes handicapées qui auraient en réalité simplement une demande affective derrière la demande de sexualité.

 

Mais la palme de l’énormité revient à l’argument qui prétend protéger les personnes concernées – à savoir la personne handicapée elle-même et l’assistant(e) sexuelle – de toute implication émotionnelle, qui serait forcément vectrice de souffrances affectives. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a la prétention de vouloir protéger les individus des sentiments qu’ils peuvent potentiellement éprouver. Quel projet ! Mais dans ce cas, l’éthique serait de chercher à protéger tous les individus de ce grand malheur, et non pas les seules personnes handicapées et les travailleurs(euses) du sexe. Et oui, la jalousie, la déception amoureuse, les sentiments contrariés, sont puissants. Ils peuvent même tuer, les suicides et crimes passionnels nous le montrent régulièrement. Pourtant, il me semble qu’il n’a jamais été envisagé d’interdire les jeux amoureux, les rencontres sexuelles, les flirts, ou les amitiés fusionnelles, afin de protéger les individus d’éventuelles déceptions et blessures intérieures.

 

Alors pourquoi cette exception faite aux personnes handicapées, ainsi qu’à celles percevant de l’argent pour une prestation sexuelle ?

Vouloir protéger les personnes d’elles-mêmes et de leurs ressentis est particulièrement intrusif, infantilisant et paternaliste.

 

Pour le Comité d'éthique, c'est "pas de bras, pas de chocolat"

 

Pour le CCNE, la sexualité est si grave qu’il faut protéger, même de force, ces pauvres inconscients qui seraient prêts à s’y livrer à la légère, avec argent et sans passion amoureuse. Le CCNE ne respecte pas le consentement de deux individus pourtant dans leur majorité sexuelle.

 

Alors j’ai une demande à lui faire : arrêtez de vouloir nous protéger, de nous infliger vos prisons camouflées sous de bonnes intentions. Laissez-nous prendre des risques, même sexuels, surtout sexuels. Arrêtez de vous mettre à nos places, car vous n’y êtes pas. Écoutez ceux qui y sont, à ces places qui vous effraient tant. Le cocktail handicap + travail du sexe ne vous explosera pas au visage si vous rendez un avis favorable. Cela n’enlèverait de la sexualité à personne, mais en donnerait à ceux qui en ont besoin. Autrement dit : mais qu’est-ce que ça peut vous foutre, à vous, que deux personnes consentantes baisent ? Qu’est-ce que ça change à vos jouissances de savoir que des personnes couchent ensemble avec de l’argent et du handicap ?

 

Par ailleurs, au prétexte que l’assistance sexuelle ne pourrait pas répondre à l’entièreté de la demande sexuelle et affective, il en est conclut qu’il serait injuste de la mettre en place ! Mais si le même raisonnement était appliqué aux autres champs des besoins humains, il faudrait tout bonnement interdire également fauteuils roulants, prothèses, etc, ceux-ci ne permettant pas non plus de combler entièrement le manque provoqué par le handicap.

 

Rouler n’est pas retrouver l’usage de ses jambes, pourtant les personnes vivant avec un fauteuil roulant voient sans doute la différence entre en avoir un ou non. Elles ne peuvent pas marcher, mais elles peuvent néanmoins se déplacer. Interdire les fauteuils roulant au prétexte qu’ils ne sont pas comme avoir des jambes serait stupide et cruel. Pourtant, c’est ce qu’il se passe dans cet étrange raisonnement concernant l’assistance sexuelle, alors que la prétention n’a jamais été d’offrir une vie amoureuse et sexuelle telle qu’elle aurait été sans handicap, mais seulement un accès à de la sexualité.

 

Ce serait une possibilité ouverte aux personnes qui le désirent, ni plus ni moins. Ouvrir un choix, même restreint, même insatisfaisant, plutôt que rien, dans le non choix que constitue un handicap. Mais voilà, au CCNE, "pas de bras, pas de chocolat".

 

J'ai été assistante sexuelle, pas "objet"

 

Quant à la question de la "marchandisation du corps" pour les assistants sexuels, je ne rentrerai pas ici dans l’éternel et absurde débat concernant la prostitution. Le comité n’avait visiblement aucune intention d’écouter les personnes concernées par le sujet puisqu’elle n’a même pas pris la peine de les consulter.

 

S’il est évident que l’assistance sexuelle est du travail du sexe, il n’y a pas de quoi crier au scandale. La prostitution est un travail, quoiqu’en disent les abolitionnistes qui s’acharnent à nous faire passer pour des victimes, des personnes à sauver, ou des démentes. Lorsque je reçois de l’argent pour délivrer un service sexuel, avec ou sans désir, je ne me sens pas assujettie, ni un objet, ni une marchandise. Pas plus que lorsque je joue un spectacle, ou que lorsque je suis embauchée dans tout autre type de travail. Je fais simplement une activité rémunérée, que j’ai choisi et que j’aime faire de surcroît. Tout va bien merci.

 

Il semble éthiquement compliqué de faire une exception aux lois sur le proxénétisme pour donner un accès aux seules personnes handicapées ? Effectivement. Mais contrairement au CCNE qui préconise l’interdiction pour tous, je propose l’accès pour tous.

 

Malheureusement, au lieu de cela et en réponse aux demandes de sexualité, le comité propose de la parole, de l’écoute, et de la bienveillance envers les personnes handicapées… Comme c’est mignon.

 

De là à souhaiter aux membres du comité de se retrouver lourdement handicapés, il n’y aurait qu’un pas à franchir. Je le franchis.

 

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