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La direction de Renault fait monter la pression. Après avoir entendu ses « propositions » sur les regroupements des effectifs entre plusieurs usines françaises, sur la réduction des temps de pause ou la gestion des comptes d'épargne formation, les syndicats ont dû attendre la sixième séance de travail, ce mardi, pour aborder le gros morceau : celui de l'évolution des effectifs dans l'Hexagone.
Pour abaisser le point mort économique de ses activités industrielles et tertiaires en France, qui emploient 45.000 salariés (hors commerce automobile et activité de crédit) la direction souhaite réduire ses effectifs d'environ 7.500 postes d'ici à la fin 2016, a-t-elle indiqué ce mardi. Soit pratiquement autant que le volet social lancé chez PSA, qui passe notamment par la fermeture de l'usine d'Aulnay en 2014. Selon deux sources syndicales, le total des départs pourrait même atteindre 8.260 personnes « en brut », compensés par environ 700 embauches sur quatre ans.
Ce sévère tour de vis supplémentaire, qui s'ajouterait à tous les volets CASA (cessation d'activité des salariés âgés) signés dans le passé par le groupe au losange, permettrait de réduire ses frais fixes de 400 millions d'euros. Compte tenu des incertitudes à court terme en Europe, Renault explique vouloir désormais « abaisser son point mort de 12 % en-dessous du niveau de ses ventes 2011 (2,72 millions de véhicules) »... en n'hésitant pas à intégrer dans le même raisonnement, d'un côté, ses effectifs en France, largement minoritaires, et de l'autre, l'ensemble des modèles fabriqués dans le monde, par exemple en Roumanie, Maroc ou Corée du Sud.
L'entreprise souhaite procéder essentiellement par le jeu des départs naturels non remplacés. Il s'agira d'une part, de prolonger l'accord GPEC (gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences) qui avait été signé en février 2011 avec quatre syndicats jusqu'au début 2014, et qui prévoyait des mobilités, des reconversions externes, et des « aménagements de fin de carrière » . D'autre part, il s'agira de rendre accessible à tous les salariés Renault les mesures dites de « dispense d'activité des carrières spécifiques » (DCAS), qui permettaient jusqu'à présent à certains salariés de quitter l'entreprise par anticipation avec 75 % de leur salaire, sous réserve de conditions d'âge (58 ans et plus) ou médicales.
A ce stade de la consultation, les syndicats n'ont pas encore eu à donner leur avis formel, et plusieurs autres séances de négociations seront nécessaires, avant un accord global attendu fin janvier. Notamment la semaine prochaine, sur une évolution de la grille des salaires.
Mais la direction a réitéré dès ce mardi son argument massue : si un accord est signé avec les syndicats sur l'ensemble de son plan, « ce redéploiement des effectifs ne nécessiterait ni fermeture de site, ni plan de sauvegarde de l'emploi, ni plan de départ volontaire » , a indiqué Gérard Leclercq, directeur des opérations France. Sous-entendu, pas comme chez ses concurrents, PSA, Ford Europe, Opel ou Fiat, qui ont chacun dû sacrifier une usine pour faire face à leurs surcapacités endémiques en Europe.
Mais les syndicats, eux, attendent surtout d'avoir des garanties sur les affectations aux sites français des futurs véhicules de Renault, voire d'hypothétiques modèles Mercedes ou Nissan, les partenaires du groupe. Arguments que la direction gardent sans doute en réserve pour le cycle final des négociations.
Quant a Carlos Ghosn, il a souligné depuis Detroit où il présente les derniers modèles de Nissan que la fermeture de sites en France n'avait rien d'inéluctable, à condition que ceux-ci deviennent plus attractifs. Et que la perspective d'un accord était désormais « une question de semaines, plutôt que de mois ».
Écrit par Denis FAINSILBER
Chef de service adjoint