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Par Pierre Avril Mis à jour <time class="updated" datetime="30-10-2012T20:31:00+02:00;">le 30/10/2012 à 20:31</time> | publié <time datetime="30-10-2012T19:49:00+02:00;" pubdate="">le 30/10/2012 à 19:49</time> lien

Il suffit de s'approcher à quelques kilomètres de Tcherepovets pour comprendre pourquoi cette ville, située à 400 kilomètres au nord de Moscou, est devenue le berceau du géant russe de l'acier, Severstal. Du matin au soir, cette cité industrielle de 300.000 habitants est baignée d'épaisses fumées, signalant la présence toute proche des hauts-fourneaux, qui produisent chaque année 12 millions de tonnes d'acier.
Tcherepovets doit tout à Severstal, tout comme la Lorraine fut naguère dépendante d'Usinor-Sacilor. Le budget municipal est alimenté à 70 % par l'entreprise. L'actuel maire, Oleg Kouvchinnikov, fut directeur des affaires sociales de Severstal, tandis que son prédécesseur retourna, à la fin de son mandat, travailler dans le combinat. Mais dans ce jeu complexe d'alliances financières et politiques, une seule figure domine depuis vingt ans: celle du patron, Alexeï Mordachov, natif de Tcherepovets, et aujourd'hui troisième fortune du pays, selon le classement Forbes, avec 15,3 milliards de dollars d'actifs en 2012 (11,8 milliards d'euros).

C'est cet homme élégant à l'allure occidentale qui, cinq ans après avoir été recruté dans ce combinat, en prit le contrôle en 1993, lorsque celui-ci fut cédé à un prix symbolique. Une privatisation qui ressemble à toutes celles menées alors dans ces années troubles de la Russie post-soviétique. «Non pas une privatisation, mais une confiscation», écrivirent les employés mécontents au président de l'époque, Boris Eltsine. Dix-sept ans plus tard, le 12 février 2010, la cour arbitrale de Vologda leur donna raison et jugea l'opération illégale. Trop tard.
Entre-temps, Severstal est devenu le numéro deux russe de l'acier, derrière Evraz, et le 23e mondial. Au premier semestre, le groupe a enregistré un chiffre d'affaires de 7,4 milliards de dollars (5,7 milliards d'euros) et un bénéfice net de 582 millions (449 millions d'euros).
Hormis les États-Unis, l'entreprise reste encore repliée sur son marché domestique, où elle réalise près de 60 % de son chiffre d'affaires. En 2006, elle a tenté un rapprochement amical avec Arcelor, alors sous le coup d'une OPA hostile de Mittal. Sans succès. Depuis, Severstal a racheté l'italien Lucchini, très vite revendu.
Le groupe ne possède aucun actif en Europe. «Son expérience là-bas est négative, le marché européen décline et dans la mesure où Severstal est dans une phase de consolidation, je ne vois pas quel est leur intérêt de racheter cette usine française. Aujourd'hui, le groupe se concentre plutôt sur le segment minier», explique Sergey Filchenkov, analyste de la banque Metropol. Mardi, dans une interview à l'agence Prime, le directeur financier de Severstal, Alexeï Koulitchenko, confirmait également son intention de privilégier le marché russe, aujourd'hui le plus dynamique pour l'entreprise.