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Sophie Desmarets tire sa révérence

Sophie Desmarets tire sa révérence
Alain Riou Par Alain Riou 14 février 2012

 Sophie Desmarets jouera joua sur scène les plus grands auteurs  - et à l'écran les plus petits.  © Yann MATTON / Sipa

Sophie Desmarets jouera joua sur scène les plus grands auteurs - et à l'écran les plus petits. © Yann MATTON / Sipa 

L'interprète de la pièce « Fleur de cactus », du tandem Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, s'est éteinte lundi à son domicile parisien. Elle avait 89 ans. De son vrai nom Jacqueline Desmarets, cette comédienne repérée par Louis Jouvet a tourné une cinquantaine de films - dont deux Sacha Guitry (« Si Paris nous était conté », 1955 ; et « Les trois font la paire », 1957). L'Obs l'avait rencontrée en 2002, alors qu'elle publiait sa biographie, « Les mémoires de Sophie ». Flash back.

C'est une toute jeune femme très naïve. Tellement naïve que le jour où elle va voter pour la première fois, son facétieux mari lui explique que les isoloirs sont faits pour se déshabiller : « Il faut être tout nu, pour voter ! » Et elle de mordre à l'hameçon en dégrafant sa robe.

Elle, c'est Sophie Desmarets, actrice de légende, bête de théâtre, moins bien employée au cinéma, mais suffisamment nature pour avoir donné au moindre de ses petits rôles un relief étonnant. « Incapable de mentir, j'avais tendance à croire tout ce qu'on me disait », avoue-t-elle. D'où la gaffe de l'isoloir, mais aussi la sincérité très inhabituelle des « Mémoires de Sophie », le recueil de ses souvenirs qui vient de paraître chez Bernard de Fallois. Aucun apprêt dans le texte, aucun maquillage des mots, aucune prudence de rewriter caché ne vient affadir un récit incroyablement direct, drôle, franc, dépourvu de tout le sirop complimenteur qui est devenu la loi du genre, et qui gâche de plus en plus souvent les autobiographies très diplomatiques des gens de spectacle.

La vie de Sophie, donc, commence au sprint dans les travées du vélodrome d'Hiver où son père, qui dirige l'endroit, a créé la version française des Six-Jours. On sait peu ce que l'épreuve doit à la religion. Désireux de faire disputer la course d'endurance la plus démesurée possible, ses inventeurs, anglais, se sont heurtés à l'infranchissable obstacle du dimanche sacré, et ont dû se limiter à faire tourner leurs écureuils du lundi au samedi. Je note ce détail pour préciser le curieux milieu familial de Sophie (qui s'appelle alors Jacqueline). C'est un mélange d'audaces avant-gardistes, bohèmes, et de sagesse un peu compassée. On admet le sport, les petits encanaillements des débuts de soirée, mais on rentre à minuit, on partage des valeurs, on passe l'été dans une villa sur la côte Atlantique.

Obstinément pensionnaire, l'héroïne s'ennuie, jusqu'au joue où M. Desmarets père met en vente la grande maison de famille, à Suresnes. Louis Jouvet se présente, comme acheteur. Le hasard fait que Sophie (ou Jacqueline) est là. Or Jouvet, exactement au même moment, joue, dans « Entrée des artistes ». Son rôle ? Prof au Conservatoire et de découvreur de talents. Le naturel, l'allure originale de la jeune fille le frappent. « Vous avez un physique de théâtre », lui déclare-t-il en la quittant sur le pas de la porte. Jacqueline n'en dort plus. Elle avait des coups de tête. Elle se découvre une vocation.

 

Sophie Desmarets, adieu à une femme d'esprit
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La comédienne, aussi ravissante que spirituelle, s'est éteinte hier soir, 13 février. Elle avait quitté la scène et ces émissions de télévision où elle était éblouissante, ligotée par la maladie.

En 1945, elle était sortie avec le prix de comédie moderne du conservatoire et dès l'année suivante, elle avait commencé une carrière déliée et heureuse, au théâtre comme au cinéma. C'est Louis Jouvet qui avait repéré la jolie jeune fille. Son père, Bob Desmarets était le patron du Vel'd'Hiv et il avait créé plusieurs épreuves fameuses dont les Six jours de Paris.

 

Sophie Desmarets de Fallois.jpg

Ci-dessus, la couverture du livre publié il y a dix ans chez De Fallois (19€.

Venu pour tout autre chose (la visite d'un appartement, d'après ce qu'elle racontait dans Les Mémoires de Sophie), le grand homme de théâtre aperçoit cette jolie fille, grande, rieuse, au visage très ouvert et aux beaux cheveux auburn. Elle se nomme encore Jacqueline. Elle a seize ans. Elle est née le 7 avril 1922 à Paris. Il lui dit qu'elle a un «physique de théâtre». Elle va suivre des cours à l'Athénée - avec Jouvet notamment -  s'inscrit au cours Simon, la grande pépinière de cette époque, puis rencontre Beatrix Dussane et intègre le conservatoire en 1941.

Alors qu'elle est encore élève, elle tourne son premier film, Battement de cœur, dès 40, suivi dès l'année suivante de Premier rendez-vous, deux films d'Henri Decoin.

Dans ces mêmes années, elle débute sur les grandes salles parisiennes. Elle a énormément joué. Des jeunes filles pleines d'abattage, des femmes bourgeoises, des écervelées de toutes générations ! Elle est très jolie, en fait. Mais elle préfère les rôles de fantaisies. Elle a beaucoup d'esprit, d'intelligence et le prouvera plus tard auprès de Philippe Bouvard ou dans les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier.

Elle a tout interprété, au théâtre, au cinéma (et avec Guitry qui aimait son alacrité), à la télévision. Armand Salacrou, André Roussin, Marcel Mithois, Marc-Gilbert Sauvajon. Des années durant, elle sera l'interprète heureuse et rieuse de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy.

Elle s'était mariée une première fois avec René Froissant. En 1946, elle avait tourné avec Jacques de Baroncelli. Elle deviendrait sa belle fille trois ans plus tard en épousant Jean de Baroncelli, essayiste et critique de cinéma au Monde. Sa carrière au cinéma comme au théâtre est marquée par le goût du divertissement. Mais c'est par la télévision qu'elle connaîtra sa plus grande popularité dans les années 60-70. Avec Philippe Bouvard, elle est l'une des plus drôles et des plus fines des voix des Grosses Têtes sur RTL. À la télévision, c'est avec Maritie et Gilbert Carpentier qu'elle travaille dans Les Grands enfants ou dans Numéro 1.

À l'orée des années 80, elle avait connu les premiers problèmes de santé. D'audition notamment et elle ne pouvait plus répondre du tac au tac à ses interlocuteurs des émissions de divertissement et d'esprit.

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