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Il devait être la figure de l’intégrité dans un Québec secoué depuis la fin des années 2000 par une succession de scandales politico-financiers. Mais lundi 17 juin, Michael Applebaum a été arrêté à son domicile par la police. Le maire de Montréal fait face à 14 chefs d’accusation dont ceux de complot, d’abus de confiance et d’actes de corruption dans des affaires municipales. Pire que son prédécesseur Gérald Tremblay qui, croulant sous les soupçons de corruption, s’était retiré de la vie politique le 5 novembre 2012.
Selon Christian Rioux, correspondant à Paris pour le quotidien "Le Devoir", le choc à Montréal est immense. "Même si les Montréalais savaient qu’il n’était là que pour assurer une période de transition, Michael Applebaum avait su créer le consensus autour de lui car il avait été nommé par un une coalition des trois partis majoritaires au Conseil municipal. Il disait vouloir nettoyer la ville et avait, pour ce faire, développé une escouade anticorruption. Il avait véritablement réussi à se forger une image de probité", explique-t-il à FRANCE 24.
"Au lieu de rester dans les mémoires comme le premier anglophone à accéder à la mairie de Montréal en un siècle, l’image que l’on retiendra de Micheal Applebaum est celle de son arrivée au QG de la police", tance, pour sa part, Graeme Hamilton, journaliste pour le quotidien anglophone "The National Post".
Plusieurs milliers de dollars de pot-de-vin
Après dix heures d’interrogatoire, le quinquagénaire a quitté les locaux de la police sans adresser un mot à la presse. Le conseil municipal a toutefois indiqué que l'annonce de sa démission était imminente. Son procès doit s’ouvrir en octobre. Selon les enquêteurs, les faits qui lui sont reprochés s’étalent entre 2006 et 2011, avant son entrée à la mairie. Lui-même et les membres de son équipe auraient touché des pots-de-vin de plusieurs milliers de dollars en échange d’autorisations ou d'obtention de permis de construire concernant deux projets immobiliers dans l'arrondissement Côte-des-Neiges - Notre-Dame-de-Grâce. Deux autres employés de la mairie ont plongé avec lui : Saulie Zadjel, un ex-conseiller municipal, et Jean-Yves Bisson, un ancien haut fonctionnaire de l'arrondissement concerné.
À sa prise de fonction en novembre 2012 sous l’étiquette d’indépendant, Michael Applebaum s’était positionné en grand pourfendeur de la corruption en quittant le parti véreux de son prédécesseur (Union Montréal, aujourd’hui dissout) et déclarant qu’il souhaitait rendre à la ville son honneur. Pour lui, il était totalement inacceptable que ses concitoyens aient aujourd’hui honte d’être Montréalais.
En janvier dernier, l’édile était même allé jusqu’à nier publiquement faire l’objet d’une enquête de la commission Charbonneau (voire encadré ci-contre), après la publication d'un article du "Devoir" révélant l'intérêt des autorités sur des "transactions immobilières douteuses" auxquelles il aurait participé.
Les Montréalais "désemparés"
Immédiatement après l’annonce de cette arrestation, la Première ministre du Québec, Pauline Marois, a pris la parole sur la chaîne Radio Canada en demandant la démission du maire. "Il doit quitter ses fonctions rapidement pour que Montréal, ses conseillers et l’exécutif de la ville puissent reprendre le leadership en nommant quelqu’un qui va assurer la continuité jusqu’à la prochaine élection", a-t-elle déclaré.
Mais ce scrutin, prévu le 3 novembre, semble loin d’incarner la solution à tous les maux de la province francophone. Selon Christian Rioux, les Montréalais, éprouvés par les polémiques en série, pourraient bien tourner le dos aux urnes. "On ne voit pas [de la part des Québécois, NDLR] de grande envie de s’impliquer dans la vie politique. Et pour cause : aucun candidat ne sort du lot", regrette-t-il. Pour l'heure, le seul à se démarquer parmis les candidats à la mairie est Denis Coderre, que Christian Rioux décrit comme un personnage "un peu clownesque, populiste mais sans expérience politique significative". "On espérait que Raymond Bachand, notre ancien ministre des Finances, se présente mais il est en retrait depuis sa défaite, en mars dernier, dans la course à la chefferie de son parti", poursuit-il.
D’après Christian Rioux, les Montréalais sont aujourd’hui "désemparés". "Jusqu’à présent, ils se disaient que Montréal était moins touché que le reste du Québec mais depuis six mois, ils découvrent l’ampleur du problème et chaque nouvelle polémique résonne comme un véritable coup de tonnerre", explique-t-il, ajoutant que la région n’avait pas connu de telles affaires depuis les années 1950.
106 responsables et hauts-fonctionnaires interpellés
Ce nouveau scandale intervient à peine un mois après l’arrestation pour gangstérisme de l’ancien maire de la ville de Laval, située à quelques dizaines de kilomètres de Montréal. Après 23 ans en poste, il avait été contraint à la démission en novembre 2012 sous le poids des soupçons de malversation.
Au total, 106 personnes, dont six maires ou ancien maires, ont été interpellées depuis la création, en février 2011, de l’Upac, l’Unité permanente anticorruption. Cette organisation indépendante a été lancée sous le gouvernement précédent de Jean Charest. Ses 200 membres, issus de différents organes politiques et judiciaires, enquêtent sur les affaires de corruption, et peuvent interpeller autant de personnes qu'ils l'estiment nécessaire.
Au Québec, le travail de cette brigade est hautement apprécié mais il pose désormais "une véritable énigme judiciaire", selon Christian Rioux : "Il va falloir de nombreuses années pour juger tous ces gens là. Comment va-t-on s’y prendre ? Va-t-on vers un procès collectif ? Y aura-t-il prescription ? Une chose est sûre, le système judiciaire n’est ni prêt et ni organisé pour gérer toutes ces affaires…"