L'adresse avait tout du discours de politique générale bis. Le premier ministre,
Manuel Valls, a défendu, mardi 29 avril, devant l'Assemblée nationale, le programme
de « stabilité budgétaire » qui prévoit 50 milliards d'euros d'économies, avant que les
députés prennent part à un vote consultatif sur le sujet dans la soirée.
Voir la vidéo : Des députés PS maintiennent leur décision de s'abstenir
Alors que plusieurs députés socialistes ont annoncé avant ce vote qu'ils s'abstiendront, Manuel Valls a
lancé un appel aux socialistes dans l'Hémicycle :« Le résultat du vote de cet après-midi conditionne à la
fois la légitimité du gouvernement de la France, sa capacité à gouverner et, surtout, la crédibilité
de la France. »
PAS DE VOTE « JUSTE POUR VOIR »
Même si le vote des députés est consultatif, le premier ministre a voulu ensouligner l'importance :
« Ce gouvernement ne vous demande pas de vote “à blanc”, “juste pour voir”, une indication, encore
moins un message. (...) Ce n'est pas un vote indicatif, mais un vote décisif. Il marquera profondément
l'évolution de notre pays. Ce moment nous invite tous au dépassement de nous-mêmes. »
Alors que la communication semble difficile entre le nouveau premier ministre et sa majorité, M. Valls
a tenu à vanter les mérites de sa méthode : « J'ai vouluouvrir, depuis ma nomination, une nouvelle méthode
de dialogue et de travail avec le Parlement, en responsabilité constructive. Je viens soumettre à la discussion
et à votre vote les grandes orientations du programme de stabilité budgétaire de la France. »
Lire : Plan d'économies de 50 milliards : si vous avez raté un épisode
La plan qu'il a présenté est, selon M. Valls, « calibré pour assurer le redressement de notre économie ».
Il a énuméré les mesures prises pour endiguer la destruction de « dizaines de milliers d'emplois industriels »
: « Le CICE [crédit d'impôt compétitivité emploi] est une première étape. Avec le pacte de responsabilité et
de solidarité, la baisse du coût de travail va s'intensifier. Zéro charge pour un salarié payé au smic au
1er janvier 2015, c'est une incitation forte pour les employeurs. »
Le premier ministre a assuré les députés qu'ils seront « étroitement associés au suivi et aux évaluations des engagements pris par les représentants desentreprises » en contrepartie des baisses de charge, et réaffirmé
que « les marges ne doivent pas augmenter les dividendes des actionnaires et les rémunérations des patrons. »
Manuel Valls avait auparavant évoqué l'emploi des jeunes et des seniors et affirmé que le pacte de responsabilité
et de solidarité, « c'est du pouvoir d'achat. (…)Notre pays doit savoir mieux rémunérer le travail, en particulier
tous ces salariés qui ont les plus grandes difficultés à boucler leurs fins de mois ». Il a ainsi affirmé que pour les salariés au smic, le pacte de solidarité représentera un demi-treizième mois.
M. Valls a ensuite justifié la nécessité de réduire le déficit public – qui fait que « nous consacrons 45 milliards
d'euros à la dette chaque année » – et de faireface à « cette dérive [qui] s'est fortement accentuée depuis
2007 », tout en insistant sur le fait que, selon lui, « cela n'a rien à voir avec Bruxelles ». « La France est un
grand pays, elle doit garantir son indépendance financière, sa souveraineté, c'est-à-dire ne pas dépendre des
marchés financiers et ne jamaisfaire peser le poids de la dette sur les futures générations. »
Après le « sérieux budgétaire » en France, M. Valls parle des « initiatives fortes »en Europe pour soutenir l'investissement et la monnaie. « Il faut une politique monétaire plus adaptée
: le niveau de l'euro est trop élevé », a-t-il déclaré.
Manuel Valls a aussi évoqué deux coups de pouce du gouvernement en avril : + 5 % sur l'allocation de soutien
familial (parents isolés) et + 10 % sur le complément familial. Mais aussi « la revalorisation exceptionnelle du
RSA de 10 % en cinq ans [qui] interviendra bien au 1er septembre 2014. C'est cela aussi lajustice sociale ».
RÉFORME DE L'ÉTAT
Le premier ministre a ensuite évoqué la réforme territoriale. « L'empilement des échelons nuit à l'efficacité de l'action », a-t-il affirmé avant de tacler la droite en pointant que le conseiller territorial « n'a jamais vu le jour
sous le précédent quinquennat ». « Avec ces réformes profondes, nous aurons des collectivités territoriales
plus efficaces. Nous sommes prêts à aller plus vite si besoin. »
Manuel Valls a par ailleurs expliqué son choix de donner la priorité à l'école, à la sécurité et à la justice en
confirmant l'engagement de François Hollande de créer30 000 postes dans l'éducation nationale d'ici à 2017,
la création de 500 postes par an dans la police et la gendarmerie et 500 postes par an dans la justice.
Après les prises de parole des différents groupes, les députés vont voter. Le résultat sera donné avant
20 heures.