Qui l’eût cru... Jean-François Copé fraîchement converti aux vertus de la transparence de la vie publique. Le président de l’UMP, accusé par l’hebdomadaire le Point d'avoir favorisé des proches de la société Bygmalion à coups de meetings surfacturés lors de la dernière présidentielle, avait promis une «déclaration solennelle» ce lundi midi. Sa contre-attaque est double. Puisqu’on lui demande des comptes, Copé exige en retour la transparence de tous et entend mouiller tout le monde, partis et médias compris. Mais les responsables UMP, notamment amis de François Fillon, qui réclament depuis des mois d’avoir accès aux comptes du parti, auraient tort de se réjouir trop vite. Curieusement, Copé a prévenu dans la foulée que «l’intégralité de la comptabilité de l’UMP, ainsi que les archives concernant les campagnes présidentielles de 2007 et 2012» seraient mises sous scellé... jusqu’à ce que ses propositions soient débattues au Parlement. Logique paradoxale et bien pratique du nouveau héros de la transparence.
<aside class="related" id="related-content"></aside>Venu au siège de l'UMP lire une déclaration sans répondre aux questions, Copé a d’abord joué la victime. Traits tirés et soupirs affectés. Il se dit l’objet d’une «vendetta», d’une «chasse à l’homme», condamné sans procès au «bûcher médiatique» et au «lynchage public». Contre lui, des journalistes et «commentateurs» dépeints en «tartuffes bouffis d’orgueil» aux «méthodes dignes de l'Inquisition», qui lanceraient des «oukases délirantes». Rien de moins. Copé, aux accents antimédias d’un Jean-Luc Mélenchon, se devait de riposter. Pas pour sa personne, assure-t-il, mais pour les Français, «qui regardent atterrés ce nouveau cirque médiatique».
La «déclaration solennelle» de Jean-François Copé par liberation
Pour démonter les accusations du Point - contre lequel il déposera plainte en diffamation mardi -, le président de l’UMP s’engage à mettre sur la table «l’intégralité de sa comptabilité, de ses pièces comptables, factures, justificatifs de toutes ses dépenses et recettes». Oui, mais à deux conditions. Et c’est là que la promesse ressemble à un coup de bluff. Copé consent à faire la transparence si tous les partis amis et adversaires se plient au même exercice. «Pour que cette transparence soit totale, elle doit s’imposer en même temps à tous les acteurs de la vie politique de notre pays et à tous ceux qui bénéficient de larges subventions publiques», prévient-il.
Début avril, après les élections municipales, le député-maire de Meaux compte donc déposer à l’Assemblée deux propositions de loi. L’une pour demander «à chaque parti ayant des représentants à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen», de publier leurs comptes depuis 2007. Ceux-ci devront «mettre à la disposition de ceux qui le souhaitent l’ensemble des documents comptables, des pièces justificatives, et ce depuis 2007». Même tarif pour les organes de presse «bénéficiant d’aides ou de fréquences attribuées par l’Etat», dont «les principaux dirigeants et salariés» seraient soumis aux mêmes contrôles que les parlementaires (déclarations d’intérêts et de patrimoine). Spectaculaire changement de pied de la part du député UMP qui avait voté contre la loi sur la transparence de la vie publique en septembre dernier.
Si et seulement si ses propositions de loi sont votées, Copé daignera faire ouvrir la fameuse pièce secrète dans laquelle les archives comptables de son parti doivent être mises sous scellé et sous contrôle d’huissier cet après-midi. Autant dire dans plusieurs mois: la prochaine niche parlementaire du groupe UMP aura lieu le 12 juin, les accusations sur les meetings de Bygmalion paraîtront alors bien loin. Sur l’adoption de ses textes, Copé se veut optimiste : «Je ne doute pas une seconde qu’[ils] recueilleront l’unanimité des forces politiques au Parlement.» C’est sans doute pour cette raison que le président de l’UMP n’a pas cru bon d’informer les responsables de son parti de son «initiative forte» avant sa déclaration à la presse.
