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Éclipse française en Europe

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Le Point - Publié le <time datetime="2013-04-25T00:00" itemprop="datePublished" pubdate=""> 25/04/2013</time>

Il va falloir trouver un nouveau plan de vol pour faire face à une Allemagne toute-puissante.

Par
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Rarement la France aura paru si faible en Europe qu'en ce cruel avril 2013, qui clôt la première année du mandat de François Hollande. Il y a bien sûr la croissance zéro, le chômage au plus haut et les scandales politiques. Avec pour seule perspective une rigueur non assumée et centrée sur les impôts, qui aura le double inconvénient de plomber l'activité sans pour autant rétablir les comptes : l'exécutif a inventé la seule politique économique qui parvienne à irriter simultanément sa propre gauche et Angela Merkel. On connaissait l'auberge espagnole, où l'on ne mange que ce qu'on apporte. Voici l'estaminet français, où, de Brandebourg à Montebourg, personne n'aime les plats servis.

Humiliation sans égale, le gouvernement a transmis à Bruxelles un "programme de stabilité" deux fois ridiculisé. D'abord, parce qu'il a été élaboré avec un ministre du Budget qui aimait davantage augmenter les impôts pour les autres que les payer lui-même. Ensuite, parce que ce programme ne prend acte de la réalité - la France ne sera pas à 3 % de déficit en 2013 - que pour la malmener dans ses projections pour 2014 et au-delà, complètement fantaisistes, sauf à prévoir un coup de massue fiscal et des coupes budgétaires considérables - près de 40 milliards d'euros, nous disent les calculs de Natixis.

L'affaiblissement français se double d'un mutisme problématique de François Hollande et de ses lieutenants face à l'Allemagne, sur l'avenir de l'Europe et la façon de résoudre la crise. Le Financial Times notait récemment, sous la plume de Gideon Rachman, que lors du sauvetage de Chypre la Finlande avait pesé davantage que la France... À peine arrivé à l'Élysée, Hollande avait utilisé sa légitimité politique toute fraîche pour obtenir une concession de façade - le fameux "plan de croissance européen", avec son financement en trompe-l'oeil. Depuis, le plan est parti aux oubliettes, la légitimité politique du président français s'est effondrée avec sa cote de popularité. Et François Hollande, tout en critiquant la rigueur imposée à l'Europe du Sud par les Allemands, n'a toujours pas formulé d'autre politique.

La France semble avoir renoncé à parler d'égal à égal avec l'Allemagne. Sarkozy se présentait comme le directeur adjoint de l'Europe du Nord, au côté de Merkel. Voire comme le directeur de la communication de la chancelière, avec fonction de traducteur. Il avait constaté l'étroitesse de sa marge de manoeuvre et préférait faire semblant de choisir ce destin secondaire pour ne pas se le voir imposer. C'est ce qui explique en partie sa défaite électorale de mai 2012. Quant à Hollande, après avoir fanfaronné sur la "réorientation de l'Europe", il se contente de maugréer contre l'Allemagne et l'austérité dans ses discours. Tout en réaffirmant l'objectif de la réduction du déficit. Et sans pour autant prendre les mesures qui seraient nécessaires pour l'atteindre. Comprenne qui pourra.

Chacun à sa manière, Sarkozy et Hollande ont renoncé à parler normalement à l'Allemagne. L'un préférait choisir son maître, alors que l'autre le conteste comme un adolescent en révolte : dans les deux cas, c'est bien l'Allemagne qui est le patron. Alors que l'union monétaire européenne avait été conçue et décidée pour ceinturer la puissance de l'Allemagne - pour Mitterrand, il s'agissait de la contrepartie à la réunification -, elle l'a en réalité consacrée. Une génération après la chute du Mur, l'Allemagne n'a jamais été aussi puissante en Europe depuis la guerre, alors même qu'elle a dû absorber les nouveaux Länder.

Ce nouveau rapport de forces menace le projet européen. Si l'Allemagne formule les règles communes, punit les contrevenants et dispose du chéquier pour les aider, elle va aussi concentrer les critiques et l'animosité. Surtout si elle entraîne l'Europe du Sud vers toujours plus d'austérité. C'est à la France d'aller la retrouver et élaborer un nouveau plan de vol pour l'après-crise. Encore faut-il que les Français retrouvent un semblant de crédibilité. Et qu'ils fassent l'effort d'expliquer ce qu'ils souhaitent.

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