Jérôme Kerviel ne dormira pas ce mercredi 24 octobre en prison comme il pouvait le craindre. Mais si la cour d'appel n'a pas demandé de mandat de dépôt à l'audience, le répit sera de courte durée pour l'ancien trader, accusé d'avoir fait perdre 4,9 milliards à la Société générale en 2008, malgré son pourvoi en cassation. Cinq ans de prison dont trois ferme, et une somme astronomique de 4,9 milliards d'euros à rembourser : sa peine en appel est tout aussi lourde qu'en première instance. Et l'arrêt, que la présidente n'a pas lu à l'audience, est d'une sévérité implacable.
"La banque savait", Jérôme Kerviel n'a eu de cesse de le marteler pendant les débats. La cour n'y a manifestement pas cru. Selon elle, c'est bien à l'insu de sa hiérarchie que l'ex-trader a pris des positions spéculatives hors mandat pour des sommes faramineuses – 50 milliards en janvier 2008, quand il est découvert.
Si les auditions des supérieurs hiérarchiques de l'ancien trader ont mis en lumière les défaillances des systèmes de contrôle, incapables de détecter ses opérations frauduleuses, la responsabilité de la banque ne saurait pour autant être mise en cause, selon la cour. Elle fait de lui le seul responsable de la perte.
N'adhérant pas à la thèse du "tout le monde savait", les magistrats chargés de juger Kerviel n'ont à plus forte raison pas cru à la théorie du complot, avancée pour la première fois par la défense en appel. L'existence d'un desk fantôme couvrant ses positions sans qu'il le sache, pour mieux lui faire "porter le chapeau" des pertes liées aux subprimes le moment venu leur paraît "totalement fantaisiste". La contribution du témoin-mystère n'est "pas pertinente".
Quant aux "éléments nouveaux" allégués par la défense, la cour n'y voit que "des articles tirés du site internet Wikipedia, documents faisant état de rumeur, de sentiments, d'opinions, non étayés". Fermez le ban.
"Qui êtes-vous donc, Monsieur Kerviel ?", interrogeait le président Dominique Pauthe à la fin du procès en première instance. La question, qui a continué d'affleurer pendant les débats en appel, trouve des réponses radicales dans l'arrêt de la cour.
Elle relève "l'exceptionnel sang froid" du prévenu, engageant des dizaines de milliards d'euros sans ciller. Les magistrats pointent sa "volonté et sa capacité sans limite de s'affranchir de toute règle", et son "ingéniosité, confinant jusqu'au machiavélisme".
Le tout en ne reconnaissant à aucun moment sa responsabilité.
Depuis le début de l'affaire, le mobile de l'ex-trader est resté nébuleux. Il s'est toujours défendu avec virulence d'avoir agi par appât du gain, n'ayant jamais touché un centime des milliards qu'il a un temps gagnés avant de tout perdre et bien plus. La cour semble ne pas le croire sur ce point non plus, rappelant au détour d'une phrase que ses gains réalisés au profit de la banque devaient être convertis en bonus à son propre profit juste avant qu'il ne soit découvert.
Pour la cour, la place de Jérôme Kerviel est en conséquence derrière les barreaux. Elle estime toute mesure d'aménagement de peine "inadéquate" pour le prévenu, et se dit inquiète quant à son "évolution future" et sa "réinsertion".
