Les manifestants ont ainsi repris le chemin de la rue pour protester contre le gouvernement du parti islamiste Ennahda dont des bureaux ont été attaqués mercredi matin. Signe que les tensions s'accroissent, de violents affrontements ont eu lieu, notamment à Tunis.
Quatre partis d'opposition appellent à une grève générale jeudi, a priori le jour des obsèques de Chokri Belaïd. De son côté, le pouvoir en place dénonce l'assassinat.
Quatre partis d'opposition appellent à la grève générale jeudi. Le Front populaire (gauche), le Parti républicain, Al-Massar et Nidaa Tounes (centre) ont lancé mercredi un appel à la grève générale jeudi et décidé de suspendre leur participation à l'Assemblée nationale constituante (ANC). Ces décisions ont été adoptées à l'issue d'une réunion entre ces formations politiques pour répondre au meurtre de Chokri Belaïd.
Ces partis, qui ont créé un comité de coordination ouvert à d'autres formations, exigent par ailleurs le départ du ministre de l'Intérieur, Ali Larayedh, membre du parti islamiste Ennahda qui dirige le gouvernement. «Nous demandons le départ du ministre de l'Intérieur et la dissolution des Ligues de protection de la révolution (ndlr : milice pro-pouvoir) comme mesures immédiates, a déclaré Nejib Chebbi, le chef du Parti républicain. Le ministre de l'Intérieur assume personnellement la responsabilité de l'assassinat de Chokri Belaïd, car il le savait menacé et n'a rien fait.» Plusieurs partis d'opposition et des syndicalistes ont aussi accusé des milices pro-islamistes d'orchestrer des heurts ou des attaques contre les opposants ou leurs bureaux.
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La femme de l'opposant assassiné accuse «ceux qui gouvernent». «J’ai vu son sang qui coule, j’ai vu son petit sourire», a confié l'épouse de la victime, Basma Belaïd, sur Europe 1.«Ils veulent tuer la démocratie. On reçoit tous les jours, sans cesse, depuis longtemps des menaces. Donc, quand il bouge, on essaie qu’il y ait au moins une personne avec lui», a-t-elle expliqué. «J'accuse directement, clairement, l'équipe qui gouverne. Tout le pays le sait. On avait alerté à plusieurs reprises le ministre de l'Intérieur. Quelques mosquées demandaient clairement sa mort», a dit la femme de Chokri Belaïd. L'opposant, critique acerbe du gouvernement actuel, avait rejoint une coalition de partis, le Front populaire, qui se pose en alternative au pouvoir en place.
«Mon frère a été assassiné, je suis plus que désespéré et déprimé», a indiqué à l'AFP Abdelmajid Belaïd. Selon l'épouse de l'opposant, s'exprimant sur la radio Mosaïque, il a été touché par deux balles alors qu'il sortait de chez lui et est décédé des suites de ses blessures lors de son transfert à l'hôpital. Son frère a également accusé le parti islamiste Ennahda d'être responsable du meurtre. «J'emmerde tout le mouvement Ennahda et j'accuse (son chef) Rached Ghannouchi d'avoir fait assassiner mon frère», a-t-il déclaré, sans plus d'explication.
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Le gouvernement et le parti islamiste Ennahda réagissent dans l'urgence. Le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali, du parti islamiste Ennahda, a dénoncé sur la radio Mosaïque FM « un acte criminel et acte de terrorisme» contre toute la Tunisie. Il a promis de tout faire pour que le tueur soit arrêté rapidement. Le président tunisien Moncef Marzouki a annulé sa participation au sommet de l'Organisation de la coopération islamique au Caire pour rentrer d'urgence à Tunis. Il a dénoncé l'«odieux assassinat» d'un opposant. Le chef d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir en Tunisie, Rached Ghannouchi, a dénoncé ce meurtre, estimant que les tueurs voulaient «un bain de sang mais ils ne vont pas réussir». «Les bénéficiaires (du crime) sont les ennemis de la révolution, les ennemis de la stabilité, les ennemis d'Ennahda, et les ennemis du gouvernement», a-t-il martelé.
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La gauche française condamne l'assassinat. A commencer par le président François Hollande, qui a condamné «avec la plus grande fermeté» l'assassinat de Chokri Belaïd. Le chef de l'Etat a fait part de la «préoccupation» de Paris face à «la montée des violences politiques» dans ce pays. Dans un communiqué, le Parti socialiste a pour sa part constaté «avec inquiétude que la sécurité en Tunisie ne s’améliore pas, et il regrette les intimidations récurrentes ainsi que la tension persistante entre les différentes forces politiques», tandis qu'EELV disait son «indignation» suite au décès de la figure de l'opposition. Pour le PCF, «c'est la «révolution» tunisienne qui est directement visée. Ce sont les aspirations populaires, l'espoir d'un vrai changement qui sont attaqués».
«Après la mort, en septembre, d'un militant du parti Nida Tounes, ou l'attaque, en décembre, du siège de l'Union générale tunisienne du travail, cet assassinat marque le franchissement d'un nouveau seuil dans l'usage de la violence politique en Tunisie», déplore Bertrand Delanoë, le maire PS de Paris, né en Tunisie.
De son côté, Jean-François Copé, le président de l'UMP, a jugé «préoccupants» les signaux provenant de Tunisie. Il s'interroge sur «l'opportunité», dans ce contexte, pour le président François Hollande de se rendre dans ce pays.

