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    Faut-il dissoudre le PS ?

    Créé le 10-10-2012 à 11h17 - Mis à jour le 12-10-2012 à 08h57

    Jadis, les ténors socialistes se disputaient la direction du parti. Aujourd'hui, ils s'en détournent. Harlem Désir en est le symptôme.

    Harlem Désir, symptôme d'un parti socialiste qui tourne à vide ? (ALAIN JOCARD / AFP)

    Harlem Désir, symptôme d'un parti socialiste qui tourne à vide ? (ALAIN JOCARD / AFP)

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    Depuis la victoire du 6 mai et la retraite anticipée de Martine Aubry, le PS est en roue libre. Son premier secrétaire intérimaire, Harlem Désir, souffre d’un manque de légitimité qui le rend inaudible. La réunion hebdomadaire du Bureau national ne distrait plus – et encore ! – que les dernières gâchettes du parti. Députés et sénateurs se moquent comme de leur première chemise des ordres de Solférino et s’assoient sans complexes sur leurs promesses d’antan, notamment en matière de cumul. Dans les sections, les reprises de cartes sont poussives et les militants ne se bousculeront pas jeudi 11 octobre lors du vote des motions du congrès de Toulouse. Celui-ci est prévu pour la fin octobre. Qui s’en soucie vraiment ?

    Un sénateur socialiste de la Nièvre, Gaëtan Gorce, vient de se découvrir des talents d’humoriste en proposant que ce congrès inutile soit repoussé à des jours meilleurs. Dès lors que les jeux sont faits d’avance et que les places ont été distribuées lors des négociations secrètes qui ont présidé à l’exfiltration de l’ancienne première secrétaire, pourquoi gâcher un week-end qui pourrait être ensoleillé ? Pourquoi déranger ministres et autres éléphants dont l’emploi du temps craque déjà de toute part ? Pourquoi dépenser de l’argent pour une manifestation sans objet?  Dans son numéro de dérision, Gaëtan Gorce manque toutefois d’imagination. Il fut un temps où Manuel Valls proposait de changer le nom du PS. De manière plus radicale, n’est-il pas temps de le dissoudre dès lors qu’on constate qu’il ne sert à plus à rien et que nul ne semble s’en émouvoir ?

    1981, 1988, 1997 : des congrès à rebondissements

    C’est la période qui veut ça, paraît-il. Lorsque ses chefs sont au pouvoir, le PS devient un parti croupion. Plus encore que ses parlementaires, il se doit d’être godillot. Le président décide, le gouvernement applique, les députés et sénateurs votent. Du moins en théorie… Dans ce type de situation, la décision déserte les cercles partisans et le destin du militant n’est plus que d’enregistrer les consignes d’en haut pour essayer, ensuite, de les faire comprendre à ses concitoyens. Il suffit pourtant d’un brin de mémoire pour constater que ce type d’organisation pyramidal n’a pas toujours conduit à la disparition pure et simple du parti. En 1981, 1988 en même 1997, la victoire dans les urnes a provoqué un mouvement d’adhésion qu’on n’observe pas aujourd’hui. Les congrès qui ont suivi ces moments d’euphorie ne furent pas de pure forme ou de simple apparence. C’est le moins qu’on puisse dire.

    Valence en 1981 fut le rendez-vous des coupeurs de tête, que la résistance de la droite avait rendus fous furieux. C’est là aussi que les mitterrandistes et leur bras armé de l’époque, Lionel Jospin, s’assurèrent le contrôle exclusif de l'appareil socialiste. Michel Rocard, dont les amis avaient été réduits à la portion congrue, avait alors parlé de "honte historique". Rien de moins ! Rennes, en 1989, fut le théâtre haineux d’une lutte d’influence entre "les fils de Dieu" - entendez Fabius et Jospin – prêts à tout pour s’assurer l’héritage d’un président qui, à peine réélu, découvrait que son règne allait toucher à sa fin. Brest, enfin, en 1997, dans un climat plus apaisé et un besoin de rassemblement imposé par la cohabitation, fut l’occasion d’une double installation : celle du jospinisme triomphant et celle de François Hollande, pour un mandat au long cours à la tête du PS. C’est aussi dans ce congrès que se joua l’acte 1 d’une dissidence promise à un bel avenir et incarnée par Jean-Luc Mélenchon.

    Toulouse ou la pâle relève

    Même s’il ne faut jamais jurer de rien avec les socialistes, le rendez-vous de Toulouse s’annonce d’un ennui consommé. Dans la lignée des congrès victorieux, on voit mal comment il pourrait laisser une trace durable. S’il doit être un révélateur, ce ne sera ni des contradictions socialistes, ni des débats qui traversent la gauche, ni des ambitions rivales qui animent ses leaders. Toulouse ou l’ère du vide. Derrière ce constat, il y a une question récurrente sur la fonction exacte d’un parti sans projet. La faute aux hommes qui en sont les principales figures ? Peut-être… Dans la lutte de succession de Martine Aubry qui s’est jouée en coulisse et en petit comité, durant l’été dernier, les prétendants au titre étaient tous des seconds couteaux. Ce n’est pas faire injure à Harlem Désir et à Jean-Christophe Cambadélis que de dire qu’ils n’appartenaient pas au cercle restreint des nouveaux éléphants roses. Ni l’un ni l’autre n’avaient derrière eux des troupes militantes capables de leur assurer une véritable autonomie. Ceux qui disposaient soit du talent, soit des forces nécessaires pour ce genre d’exercice, ont préféré se tenir à l’écart. Barré par Martine Aubry, François Rebsamen a jugé que son influence serait plus forte s’il restait à la tête du groupe sénatorial. Quant à Pierre Moscovici, Vincent Peillon et même Manuel Valls, ils avaient fait le calcul, de longue date, qu’un portefeuille ministériel de haut rang satisferait plus que tout autre poste leur nouvelles ambitions.

    Ces choix de carrières disent à eux seuls la perte de statut d’un parti qui fut longtemps considéré comme un lieu de pouvoir à nul autre pareil. Entre le poste de premier secrétaire et un maroquin gouvernemental, les grands anciens du parti n’auraient pas hésité un instant. Dans le parcours fléché des éminences socialistes, la case Solférino est longtemps apparue comme le point de passage obligé vers la fonction suprême. Cette époque est désormais révolue. Harlem Désir est sans doute un camarade méritant, doublé d'un apparatchik de fer. Mais il faut une imagination débridée pour l’imaginer, demain, dans le rôle d’un leader politique de première bourre.

    La révolution des primaires

    Tout cela dit bien plus qu’une baisse de niveau dans le recrutement des élites socialistes. A partir du moment où le PS ne sert plus à grand-chose, doit-on s’étonner de cette situation dont il ne faut pas croire qu’elle est conjoncturelle? La décrépitude du PS vient de loin. Elle est inscrite dans des procédures et des manières d’agir qui paraissent aujourd’hui à ce point évidentes qu’on ne mesure plus guère combien elles ont détruit, au fil des ans, la légitimité partisane. Longtemps, l’une des fonctions du PS fut de sélectionner les candidats chargés de porter ses couleurs. L’invention des primaires dites "citoyennes" a ruiné ce privilège hier réservé aux militants.

    Cela a commencé en 2006 avec le choix de Ségolène Royal, comme candidate à la présidence de la République et s‘est poursuivi en 2011 avec la désignation de François Hollande dans un scrutin qui a mobilisé plusieurs millions de sympathisants. Ce genre de primaires serviront demain à départager les têtes de listes aux municipales. On les annonce à Paris. On les voit venir à Marseille. Il n’y a aucune raison pour qu’elles ne servent pas prochainement à la désignation des candidats aux législatives. On peut s’en réjouir mais il ne faut pas s’étonner qu’en contrepartie, la démocratie militante n’y trouve pas son compte. Manuel Valls, à la fin de l’été, a été l’auteur d’une formule amusante : "Notre candidat à l’Elysée a été choisi par trois millions d’électeurs et le successeur d’Aubry par trois personnes". Sans doute regrettait-il alors de ne pas être l’une d’entre elles. Etait-il vraiment conscient de pointer les effets pervers d’une procédure qui, en tout état de cause, laisse dans le fossé le militant socialiste à l’ancienne ?

    Dans ce long processus de dessaisissement, celui-ci a d’ailleurs perdu un autre pouvoir : celui d’élaborer le projet que ses leaders, une fois élus, allaient devoir mettre en œuvre. Dans la dernière période, les socialistes ont fixé la ligne de leur parti à l’occasion du congrès de Reims, à l’automne 2008. Puis au printemps 2011, ils ont voté, dans un bel exercice d’unanimité, "un projet" qui devait engager leur candidat à la présidentielle. Or, dès son entrée en lice, en janvier 2012, François Hollande a proposé aux Français un programme en 60 propositions dont on a vite noté qu’il s’écartait – et pas seulement dans le détail – des tables de la loi socialiste. Personne ne s’en est offusqué. Logique des institutions… Avant Hollande, tous les candidats du PS à la présidentielle, de François Mitterrand à Ségolène Royal en passant par Lionel Jospin, avaient revendiqué pareille liberté. Mais faut-il, une fois encore, s’étonner qu’à la longue, ce soit la légitimité même du parti et de ses militants qui restent sur le carreau.

    Le PS est nu

    Toulouse signe autant une époque que la fin d’un processus de décomposition, lié à de nouvelles formes de démocratie et à des pratiques institutionnelles propre à la Ve République. Faute d’avoir accepté ces évolutions et d’avoir tiré jusqu’au bout les conclusions qui s’imposent, le PS aujourd’hui est nu. Ce constat n’intervient pas par hasard au moment même où il retrouve le chemin du pouvoir. Il se voulait à la fois parti de gouvernement, parti de militant et parti du changement. Il est touché plus que d’autres par cette maladie de langueur parce que son ambition initiale était celle d’une synthèse désormais impossible.

    Durant sa traversée du désert, entre 2002 et 2012, il n’a sauvé les apparences qu’en s’abandonnant à des baronnies locales sur lesquelles Solférino n’avait aucune prise et dont on mesure combien elles risquent de souffrir, lors des prochaines élections locales. Il a abandonné le débat idéologique à des cercles et autres fondations, extérieurs à son appareil militants et qui, dans l’exercice du pouvoir, ne sont pas disposés à accepter la moindre perte d’influence. C’est enfin par simple procuration que ses nouvelles figures, toutes membres du gouvernement Ayrault, entendent accroître leurs parts de marché dans un parti qui, au fond, les désespèrent.

    A Toulouse, en coulisse, ces éminences roses se disputeront farouchement les postes d’un Conseil national dont elles savent pourtant qu’il compte pour du beurre. La vraie marque de la dissolution du PS, celle qu’on constate sans oser la revendiquer, la voilà donc affichée sans complexe. Hier, on se disputait le parti pour ce qu’il savait faire. Désormais, on se le partage par appartement pour que, durablement, il ne serve plus à rien et que la réalité du pouvoir de demain se règle dans d’autres cercles.


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  • Accueil > Le congrès du PS > "Le gouvernement doit entendre le message des militants PS"

    "Le gouvernement doit entendre le message des militants PS"

    Créé le 12-10-2012 à 13h52 - Mis à jour à 14h29

    Fort des 12% recueillis par la motion conduite par Stéphane Hessel, Pierre Larrouturou appelle à "muscler le projet". Interview.

    Pierre Larrouturou avec Stéphane Hessel (capture d'écran - Parti socialiste)

    Pierre Larrouturou avec Stéphane Hessel (capture d'écran - Parti socialiste)

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    Benoît Hamon blaguait le mois dernier : "Si Stéphane Hessel fait autant de voix qu'il vend de livres, on est mal barré!" Il avait du nez…

    - Nous n'avons pas fait 1 million de voix ! Mais il est vrai que notre score est bon. J'ai discuté hier soir avec Stéphane Hessel, il est très content des résultats. Il s'est engagé dans le collectif avec beaucoup de force et il entend bien continuer, pour dire au gouvernement très amicalement, très fraternellement mais très fermement : il faut aller plus loin, plus vite !

    Qu'est-ce qui explique votre écho auprès des militants ?

    - Devant la gravité de la crise, nous voulons faire du Parti socialiste un aiguillon pour changer l'Europe, lutter contre le chômage et réformer notre démocratie. Le TSCG n'est que la dernière rustine collée sur une Europe en train de mourir. Il faut préparer la suite : une négociation historique s'ouvre la semaine prochaine. Avec Stéphane Hessel, avec tous les militants qui nous soutiennent, nous demandons à François Hollande de tout faire pour obtenir un traité de l'Europe sociale et pour construire une Europe démocratique.

    Face à l'explosion annoncée du chômage, nous demandons l'organisation d'états généraux de l'innovation et de l'emploi afin de tout mettre sur la table, et définir un nouveau contrat social, comme ont su le faire, le Danemark et les Pays-Bas.

    Enfin, il faut accoucher d'une VIe République, dont la Constitution ne serait pas écrite par quelques juristes, mais par les citoyens. Nous demandons aussi davantage de démocratie interne, au sein du PS, notamment avec le non-cumul des mandats et la parité. Nous proposons par exemple d'élire un binôme homme-femme au poste de premier secrétaire.

    La semaine prochaine aura lieu le vote pour le poste de premier secrétaire. Comptez-vous soutenir Harlem Désir ? Ou bien le représentant de l'aile gauche, Emmanuel Maurel, s'il se présente ?

    - C'est la motion conduite par Harlem Désir qui est devant, c'est donc à elle de faire des propositions pour rassembler. Elle connaît nos demandes. Stéphane Hessel, Florence Augier et moi serons reçus par Harlem Désir au cours de l'après-midi. Nous prendrons dans les prochains jours une décision avec l'ensemble des militants qui nous soutiennent.

    Vous ne souhaitez donc pas constituer une opposition interne ?

    - Nous sommes tous derrière Jean-Marc Ayrault. Les 60 propositions de François Hollande sont un socle sur lequel nous sommes d'accord. Mais elles ne suffisent pas. Le programme a été écrit il y a deux ans, alors qu'on pensait que la crise allait passer. Ce n'est pas le cas. Il faut donc muscler le projet. En sortant du métro, j'ai encore croisé trois SDF… le gouvernement n'a pas le droit de se planter !

    Propos de Pierre Larrouturou recueillis par Baptiste Legrand le vendredi 12 octobre


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  • Accueil > Le congrès du PS > Parti socialiste : ça se complique pour Désir !

    Parti socialiste : ça se complique pour Désir !

    Créé le 12-10-2012 à 12h25 - Mis à jour à 14h45lien

    Une participation faible, une motion gouvernementale qui ne fait pas le plein, une aile gauche renforcée… le vote des motions sème le trouble.

     

    Harlem Désir arrive en tête, mais avec un score plus bas qu'attenndu (Guillaume Souvant/Sipa)

    Harlem Désir arrive en tête, mais avec un score plus bas qu'attenndu (Guillaume Souvant/Sipa)
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    Mais que sont les socialistes devenus ? Appelés à voter pour les motions qui orienteront la vie du parti pour les trois prochaines années, les militants ont été bien peu à se déplacer : 50% de participation selon la statistique solferinienne, soit environ 80.000 militants. Un étiage riquiqui pour une organisation qui revendique officiellement 172.000 membres. Pas étonnant, dans ces conditions, que le résultat déconcerte !

    La motion "gouvernementale" concoctée par l'ex-première secrétaire Martine Aubry et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault n'a recueilli "que" 68%. Un pied-de-nez pour tous les hiérarques socialistes qui voulaient arrimer le parti au char de l'Etat. La base n'a suivi que très imparfaitement la consigne. Les scrutins ficelés d'avance réservent toujours de mauvaises surprises… "Cela prouve d'abord que contrairement à ce qui a été dit, quand il y a un vote dans le PS, les choses ne sont pas jouées d'avance. Qu'est-ce qu'on aurait dit s'il y avait eu un score de 90 % ? On aurait dit, c'est un parti (nord) coréen ou à la soviétique", a réagi Harlem Désir, dans une langue de bois qui n'est pas sans évoquer Leonid Brejnev.

    Désigné par avance comme le prochain premier secrétaire, Désir voit son avenir s'assombrir. En deuxième position, la motion représentant l'aile gauche du parti a capté 13,4% des votes. Selon les statuts, son premier signataire Emmanuel Maurel peut, lui aussi, se porter candidat à la direction. Jusqu'au vote d'hier soir, il avait semblé exclure cette hypothèse. Mais son score à deux chiffres l'encourage à aller de l'avant pour affirmer son autorité de chef de file, renforcer la démocratie interne et créer un rapport de force plus favorable avec la majorité hollando-hollandaise. Harlem Désir qui encourait le risque d'une abstention massive à demeurer seul en piste, y gagnera sans doute un peu de légitimité. Mais son score final pourrait aussi en pâtir : le 18 octobre prochain, son élection ne sera pas le triomphe annoncée. Loin de là…

    L'aile gauche du parti, qui peut désormais s'affranchir de la tutelle de Benoît Hamon assigné à la discipline gouvernementale, va pouvoir réclamer une représentation en proportion de ses résultats dans les instances de direction. Mais elle n'est pas la seule ! La motion-surprise déposée par le très médiatique Stéphane Hessel et le bouillonnant économiste Pierre Larrouturou a réuni plus de 11% des suffrages. Elle aussi peut revendiquer son quota de représentants dans l'appareil. Cette intrusion des promoteurs d'un New Deal à la française remet en cause les calculs d'apothicaire des "sous-courants" qui, à l'intérieur de la motion majoritaire, s'était déjà répartis les postes. Les amis de Valls, Peillon, Moscovici et Le Foll, Delanoë ou Aubry vont devoir faire un peu de place à ceux de Larrouturou qui réussit, là, un joli hold-up politique. François Hollande, qui a veillé à toute la manœuvre depuis l'Elysée, sait désormais ce qu'il lui reste à faire : s'inspirer au plus vite de Franklin Delano Roosevelt !


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    A l'Assemblée, des lobbyistes encore trop discrets

    LE MONDE | <time datetime="2012-10-13T11:07:10+02:00" itemprop="datePublished">13.10.2012 à 11h07</time> • Mis à jour le <time datetime="2012-10-13T11:07:58+02:00" itemprop="dateModified">13.10.2012 à 11h07</time>

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    Il y a ceux, qui, pour faire valoir leurs intérêts, agissent à découvert et devant témoin. Les "pigeons", ces entrepreneurs s'estimant lésés par le projet de loi de finances (PLF) pour 2013, en ont fait la démonstration. Et il y a tous les autres. Ces entreprises qui, sans publicité, en faisant appel à des lobbyistes internes ou des cabinets de conseils, tentent d'infléchir la loi en leur faveur, particulièrement à l'automne, période dominée par les débats budgétaires.

    D'octobre à décembre, le cabinet Séance publique propose ainsi aux entreprises deux types de forfait "spécial PLF et projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2013" : un à 8 000 euros, comprenant "accompagnement parlementaire, cartographie des décideurs-clés, organisation de sept à dix rendez-vous au Parlement et veille", et un autre à 5 000 euros, pour "analyse juridique, rédaction et dépôt d'amendements et suivi des débats".

    "COMME DES AVOCATS"

    Tout un travail "subtil et délicat" selon un lobbyiste qui, comme beaucoup, n'accepte de parler à la presse qu'à condition de ne pas être cité et non sans s'être renseigné sur les journalistes qu'il rencontre. "Nous faisons notre métier comme des avocats, on plaide des dossiers, déroule Laurent Lotteau, ex-publicitaire reconverti dans le lobbying, à la tête de sa propre agence, Rivington, depuis un an. Vous ne pouvez pas défendre un dossier auquel vous ne croyez pas."

    "Il faut que le décideur soit convaincu. Si vous avez tort, vous allez perdre. C'est aussi notre crédibilité qu'on engage", poursuit un autre, vingt ans de métier, installé à deux pas du Palais-Bourbon. Pour cela, le relationnel reste primordial ; plus qu'un petit mot de félicitations manuscrit, "il y a le besoin de toucher à la vraie vie des gens, demander des nouvelles des enfants... Cela reste une relation humaine, il faut se détacher du côté technocratique", témoigne une lobbyiste du secteur bancaire que l'on ne peut rencontrer qu'en présence de son supérieur hiérarchique et de la responsable presse.

    "PAS RAISONNABLE"

    Un peu d'humain, pas mal de tchatche et beaucoup de technique ; pour représenter au mieux leurs intérêts, les entreprises s'appuient en général sur des "comités d'experts" qui planchent sur les textes en cours. Le lobbyiste, souvent un ancien assistant parlementaire, reçoit ensuite leur demande et tente de la relayer aux députés. "C'est notre rôle que de conseiller le client, de lui dire quand certaines de ses demandes ne sont pas raisonnables, détaille le lobbyiste installé près de l'Assemblée nationale, dans son bureau tout en baies vitrées. En ce moment, par exemple, ce n'est pas vraiment la mode d'obtenir des niches fiscales..."

    Les lobbyistes assurent aussi devoir agir avec des moyens plus limités qu'on pourrait le croire. "Quand on invite au [restaurant Pavillon] Ledoyen, on ne paie pas à la carte, c'est bien trop cher ! Il y a des forfaits avec location d'un petit salon pour 60 euros par personne, ce sont des prix négociés. Mais vous comprenez qu'on ne peut pas dire à nos invités 'ne vous inquiétez pas, ce n'est pas cher'..."

    "ON GUEULE COMME DES OIES"

    En ce moment, c'est le PLFSS, examiné en commission à l'Assemblée, qui pose problème, notamment à cause des augmentations des taxes dans les secteurs bancaire et des assurances. "Sans le contexte de crise actuel, nous aurions jugé cela monstrueux, historiquement monstrueux même. Je ne sais pas ce qu'on va faire", avoue la lobbyiste bancaire, qui se souvient de "la période heureuse où l'on pouvait demander des suppressions de taxes". Et de préciser que dans la banque, "on n'a pas attendu Hollande pour se faire taper dessus".

    Pour sensibiliser les députés, reprend-elle, il faut déjà "sélectionner les bonnes personnes et leur faire passer le message très vite". Concrètement : "D'abord, on gueule comme des oies, on leur dit que telle mesure est mauvaise pour la France, mauvaise pour l'Europe, mauvaise pour le monde avec toute une batterie de chiffres. Si on voit que ça ne marche pas, on essaie de répondre à leur demande politique d'une autre manière, la moins pénalisante possible pour nous".

    Et au besoin, poursuit un lobbyiste du bâtiment, "on continue". "A force de répéter, on finit par obtenir gain de cause, c'est une question de ténacité. On a le temps, on est des permanents, on a l'historique. On reste parfois plus longtemps qu'un parlementaire", rappelle-t-il, du haut de ses dix ans d'expérience.

    "HYPOCRISIE"

    A la nouvelle législature, il a fallu faire connaissance avec les 217 petits nouveaux parmi les députés, dont certains ont été repérés tôt, avant les élections législatives. En général, l'accueil est prudent, mais rarement méfiant ; "ils font leur job", résume un nouvel élu PS.

    Un "job" réglementé depuis 2009, pour "en finir avec les excès et l'hypocrisie", raconte aujourd'hui le député Marc Le Fur (UMP), ex-président de la délégation chargée des représentants d'intérêts. Désormais, les lobbyistes doivent dire pour qui ils travaillent et souscrire à un code de conduite éthique pour avoir droit à un badge d'entrée, renouvelable chaque jour – une tentative pour mettre fin à la pratique des "badges discrétionnaires" accordés par quelques députés, qui embauchaient les représentants d'intérêts comme collaborateurs "bénévoles". Si le registre compte aujourd'hui 179 lobbyistes, beaucoup d'entre eux ne sont jamais venus chercher leur badge.

    "Si je veux venir voir un député, je prends rendez-vous, expose un lobbyiste. Je ne suis pas favorable à ce système de badge ; ceux qui en ont un peuvent se balader où ils veulent, entrer et sortir sans que ça soit traçable." Idem pour Anne Gourault, de Séance publique, qui dit limiter les déplacements à l'Assemblée pour éviter toute "pression physique malsaine".

    "ON TRICOTE"

    Le système est perfectible. Le président (PS) de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a missionné le successeur de M. Le Fur en ce sens. D'ici à fin 2012, Christophe Sirugue proposera des "mesures correctives", mais il s'intéresse déjà à la réglementation hypertransparente du Parlement européen, inspirée des Etats-Unis. A Bruxelles, "tout est vérifiable, il y a des salles de réunion où, à l'entrée, est inscrit le nom du député et de l'entreprise qu'il reçoit. Quand vous organisez un pot, tout est réglé à l'avance, décrit Laurent Lotteau. Nous, on tricote, on est des artisans. Ce n'est pas dans la culture française de mettre tout au grand jour, mais les changements de mentalités vont se faire et on va inéluctablement arriver à cela." Dans l'ensemble, les lobbyistes se disent favorables à davantage de transparence pour améliorer l'image de la profession.

    Au grand dam de M. Le Fur qui craint, lui, une dérive vers "une logique à l'anglosaxonne, où tout le monde surveille tout le monde. Il faut des députés suffisamment forts pour se dire qu'ils ne dépendent de personne". Une question de confiance.

    Lire aussi : Catherine Lemorton, une députée contre les labos (zone abonnés)

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  • Politiques

    Hessel: «Le PS doit prendre conscience de sa responsabilité»

    <time datetime="2012-10-12T19:14:35+02:00" itemprop="datePublished">12 octobre 2012 à 19:14     </time>lien <time datetime="2012-10-12T19:14:35+02:00" itemprop="datePublished"></time>

    Stéphane Hessel le 10 février 2012 à Berlin.

    Stéphane Hessel le 10 février 2012 à Berlin. (Photo Barbara Sax. AFP)

    Reportage L'ancien résistant s'est réjoui vendredi du bon score surprise réalisé par la motion dont il est le premier signataire.

    Par QUENTIN GIRARD

    «Ah, le grand patriarche va parler», lance un militant, attendant à l’accueil du siège du PS, quelques minutes avant la conférence de presse de Stéphane Hessel. «Je dis ça à cause de son âge», précise-t-il. On avait compris. Avec près de 12% des voix, la motion 4 de Pierre Larrouturou, menée par l’ancien résistant, 94 ans, est la surprise du scrutin de jeudi. Ses premiers signataires peuvent désormais participer aux instances dirigeantes du PS. Ce n'était pas vraiment prévu pour ce courant sans vrai relais politique dans le parti. L’auteur d’Indignez-vous a déjà annoncé qu’il n’entrera «sûrement pas» au bureau du PS. Les autres, pour le moment, restent vagues. «La motion a été dirigée par des militants, nous tenons beaucoup à cet aspect des choses, nous devons en discuter avec eux», explique Florence Augier, l’une des signataires, ce vendredi après-midi, rue de Solférino. «Nous devons voir Harlem Désir et en discuter», ajoute Pierre Larrouturou. Conseiller régional d’Ile-de-France, ce partisan d’une croissance raisonnée est revenu il y a un an dans le giron du PS, après une escapade chez Europe Ecologie-les Verts. La motion 4, Oser, plus loin, plus vite, a su sans doute attirer les militants déçus de la motion trop large et hétérogène d'Harlem Désir mais qui ne se reconnaissent pas forcément dans l'aile gauche du parti.

    «Une incitation merveilleusement appropriée»

    Pas peu fier, Stéphane Hessel est prolixe. «Le PS doit prendre conscience de sa responsabilité, vis-à-vis de la France, de l’Europe, du monde, sinon il n’atteindra aucun de ses objectifs», commence-t-il. Il apporte sa petite analyse sur le prix Nobel de la paix attribué ce vendredi matin à l’Union européenne. «Qu’est-ce que cela veut dire concrètement?, se demande-t-il. C’est une incitation merveilleusement appropriée. L’UE doit maintenant travailler pour le mériter.»

    Promoteurs d’un New Deal à la française, basé sur une Europe sociale, les membres de la motion 4 font des références régulières aux années 1930. «Nous avons collectivement une responsabilité historique », insiste Pierre Larrouturou, le théoricien de la semaine de 32 heures. Selon lui, la force de Franklin Roosevelt était d'avoir agi très vite une fois élu. Hollande doit suivre cette exemple, car «il est très dur de mettre en œuvre de grandes réformes après la première année de mandat».

    «J’ai beaucoup de respect pour la manière dont travaille François Hollande», ajoute Stéphane Hessel. «Il a besoin de notre soutien. On n'en fera pas un Roosevelt, mais il porte un pays et il est capable de tenir compte de l’apport de notre motion» aux débats d’idées.

    «Stéphane a apporté une caution morale»

    Interrogé pour savoir si les militants avaient voté pour les idées défendues par la motion ou plutôt grâce à sa renommée, Stéphane Hessel estime que c’est «incontestablement pour la motion». «A mon avis, il y a les deux», sourit tout de même Pierre Larrouturou. «Stéphane a apporté une caution morale, mais sur le terrain, avec les militants, j’ai pu constater la force de nos idées, de nos propositions», souligne Frédéric Lutaud, signataire de la motion.

    «Je crois que nous avons terminé», tente au bout d’une demi-heure de conférence Pierre Larrouturou mais Stéphane Hessel veut ajouter «un dernier mot»: «Nous ne devons pas sous-estimer les forces contre lesquelles il est important de se battre. L’oligarchie qui domine le monde est composé de gens précis, qui ont des intérêts précis». «Nous savons quels sont les adversaires contre lesquels un pays socialiste doit pouvoir agir efficacement», conclut-il, faisant notamment référence aux banques et au système financier international.


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